Politique(s)
Faits révélateurs, par Pascal Lorot Présidence européenne, Un agenda chargé sous la double hypothèque institutionnelle — ratification irlandaise du traité de Lisbonne — et financière — quid en cas de rechute ? Les six prochains mois s'annoncent tourmentés. Trop lourd pour la présidence suédoise ? A voir. |
Le 1er juillet, la Suède a pris les rênes de l’Union européenne. Chacun s’attend à une présidence plus professionnelle, plus pragmatique et, surtout, moins folklorique que la présidence tchèque qui, de l’aveu de tous les observateurs, aura été un échec fracassant.
Présider à la destinée, même provisoire, de près d’un demi-milliard d’êtres humains regroupés au sein de 27 Etats aux sensibilités, traditions, politiques et stratégies parfois divergentes, ne s’improvise pas. Et, avec le recul, on observe que seuls les “grands Etats” et ceux les plus enracinés dans le processus de construction européenne, disposent dans les faits de la culture et de la pratique nécessaires et à ce véritable défi qui revient de manière récurrente tous les six mois. Mais cela est un autre débat.
La présidence suédoise sera prioritairement une présidence placée, sans qu’elle en ait véritablement le choix, sous le signe du renouvellement institutionnel. Avec l’installation d’ici peu d’un nouveau Parlement issu des élections européennes de juin dernier. Avec également la nomination d’une nouvelle Commission et, surtout, celle de son président. La reconduction de José Manuel Barroso à la tête de l’exécutif européen a été actée lors du Conseil européen des 18 et 19 juin. Encore faut-il que le nouveau Parlement la valide, ce qui n’est pas acquis avec certitude. L’autre enjeu concerne le (nouveau) vote irlandais sur le traité de Lisbonne, prévu maintenant pour début octobre. Là encore, rien n’est acquis et il n’est pas sûr que les garanties accordées à Dublin lors du dernier Conseil européen suffisent à convaincre une majorité d’Irlandais de suivre leur gouvernement. Enfin, Stockholm entend poursuivre les négociations d’adhésion avec la Croatie et la Turquie même si, pour cette dernière, elle devra tenir compte des réticences de l’Allemagne et de la France. Et pourquoi pas, aussi, engager des pourparlers préliminaires avec l’Islande, pays touché de plein fouet par la crise et qui, à cette aune, voit en une adhésion à l’Europe en quelque sorte sa planche de salut.
Au-delà, la Suède affiche deux priorités centrales pour sa présidence. Tout d’abord, parvenir à un accord climatique ambitieux lors du sommet de Copenhague, programmé pour décembre 2009. Plusieurs réunions préparatoires avec les autres grands acteurs mondiaux que sont notamment la Chine, la Russie et les Etats-Unis, interviendront cet automne. La Suède saura-t-elle convaincre des pays dubitatifs quant à la nécessité de s’engager en faveur d’un accord global ? Rien n’est moins sûr. Ensuite, Stockholm doit apporter une réponse globale et coordonnée à la crise financière qui touche l’ensemble des pays de l’Union. Le défi est à la hauteur de la crise elle-même. Nombre de plans de relance et d’interventions publiques ont été décidés. La marge de manœuvre ressort aujourd’hui limitée. En cas de nouveau choc, quelle sera la marge de manœuvre de la Suède, un pays durement touché par la crise ? Le risque aux yeux de la capitale suédoise est d’assister, en cas de nouveau choc, à des interventions quasi non concertées de la part des grands pays, Allemagne et France en tête, qui videraient leur présidence de tout substrat politique et, au-delà, montreraient la difficulté qu’il y a à confier la présidence de l’Europe à des “petits” pays.
