Chroniques & opinions

Les fleurs du Net
Par Pierre Kosciusko-Morizet
PDG cofondateur de PriceMinister. com

Le “User Generated Business Model” de Twitter

La “Twittersphere” est en expansion et nombreux sont ceux qui se demandent à quoi peut bien servir le gigantesque “gazouillis” digital des millions d'inscrits au service de la start-up californienne. L'entreprise qui propose son service gratuitement et ne réalise aucun revenu est pourtant persuadée de la valeur de ses contenus, elle qui a refusé une offre de rachat pour 500 millions de dollars de la part de Facebook l'an dernier. Car elle est devenue un phénomène en inventant le “microblogging”, c'est-à-dire la possibilité d'envoyer gratuitement des messages, appelés des “tweets” (gazouillis en français) de 140 caractères maximum par Internet, par messagerie instantanée ou par SMS. Une nouvelle forme de réseau social, qui permet à chacun de tenir au courant en permanence ses proches ou ses “followers” de ce qu'il veut, mais aussi la propagation de nouvelles plus vite que l'email : comme par exemple celle du vol 1 549 se posant sur l'Hudson. Une étude récente réalisée par Sysomos révèle que 72 % des utilisateurs ont créé leur compte dans les 5 derniers mois, expliquant la croissance exponentielle. Pour autant, 85 % des utilisateurs publient moins d'un tweet par jour et 21 % n'ont jamais rien publié. En ce qui concerne l'audience de chacun, 94 % ont moins de 100 followers. Ainsi 5 % des utilisateurs génèrent 75 % de l'activité. Selon les dernières statistiques il y aurait près de 14 millions d'utilisateurs en juin 2009, près des deux tiers aux Etats-Unis, et un peu plus de 100 000 en France. Cette popularité exponentielle est la force sur laquelle se repose le management qui a su séduire les investisseurs et lever déjà 55 millions de dollars. Avec moins de 50 salariés, l'entreprise avoue sans complexe qu'elle n'a pas encore cerné la façon dont elle allait gagner de l'argent. A tel point que son modèle d'affaire a même fait l'objet d'un concours lancé par la e-publication Silicon Alley Insider. Outre une belle casquette, le gagnant sera chaudement recommandé pour être embauché en tant que business manager. Derrière l'anecdote, l'entreprise semble surtout à l'écoute des utilisateurs pour comprendre ce qu'ils valorisent le plus dans le “microblogging”. Plus que par la publicité, présente sur la version japonaise du site, Twitter pourrait générer des revenus en proposant des services payants premium pour les entreprises. Combien vaut le bouche à oreille sur une marque, un produit ou un service ? Twitter pourrait ainsi monétiser les conseils d'achat que se font les utilisateurs entre eux, jusqu'à proposer l'achat immédiat des articles recommandés dans les tweets. Plusieurs sociétés ont déjà déployé une présence commerciale sur Twitter, comme Dell qui vient d'annoncer 3 millions de dollars de revenus via Twitter depuis qu'elle s'est mise à l'utiliser en 2007 pour renvoyer des clients vers ses points de vente et son site. Ils sont aujourd'hui 624 000 à suivre son gazouillis d'offres promotionnelles, lequel ne coûte rien au constructeur… pour le moment.


Le nouvel Economiste du 2 juillet 2009 - N°1483 – © Nouvel Economiste 2009