Politique(s)
Géo-économie, par Jean-Pierre Patat En faisant le distinguo entre “bon” et “mauvais” déficit, la France accrédite son image fantaisiste. Tout en pointant sa faiblesse structurelle. Vraiment pas malin. |
Le président de la République a, dans ses propos devant le Congrès, donné l'onction suprême à la distinction entre “mauvais” déficit, celui qui est issu de trente ans de gestion calamiteuse des finances publiques, et sinon le déficit “acceptable” dû à la crise, avec le jeu des stabilisateurs automatiques, des actions de relance, voire des dépenses d'investissement porteuses d'amélioration de la compétitivité. Il est certes pertinent de bien analyser les causes de la dérive des finances publiques et il n'est pas insensé de considérer que toutes les dépenses ne sont pas de même nature. Mais il ne faudrait pas que la parole présidentielle incite la Ministre à renouveler l'appel qu'elle avait lancé aux instances européennes pour que, dans le cadre des procédures de surveillance du Pacte de stabilité et de croissance, de ne considérer que le “mauvais” déficit. Une idée doublement contre- productive.
Contre-productive pour notre image, alors que nous traînons déjà, auprès de nombreux pays (et pas seulement l'Allemagne !), la réputation d'un Etat peu rigoureux, une réputation qui plombe quelquefois nos meilleures idées. Dans nos appels réitérés pour un gouvernement économique de la zone euro, les Allemands voient peut-être une menace pour l'indépendance de la BCE, mais aussi une tentative pour créer un contre-pouvoir plus laxiste. Ajoutons que, comme si cela ne suffisait pas, les services de Bercy ont remis sur la table la question du traitement des emprunts de la Société de financement de l'économie, emprunts bénéficiant de la garantie de l'Etat et qu'Eurostat entend, à juste titre, classer dans la dette publique ; une décision inspirée, aux yeux de nos technocrates des Finances, par un raisonnement… exagérément comptable !
Contre-productive, car si cette idée donnait lieu à une application concrète, elle ferait apparaître notre gestion pour ce qu'elle est effectivement, c'est-à-dire calamiteuse, alors que cela est quelque peu occulté dans le maelström de la crise et avec l'envolée générale des déficits. En effet, notre “mauvais” déficit apparaîtrait au minimum à 2,5 % du PIB. La comparaison ne serait guère flatteuse avec l'Allemagne, en quasi-équilibre, la Belgique et l'Autriche très faiblement déficitaires, l'Espagne, les Pays-Bas, la Finlande qui engrangeaient des excédents structurels, et même l'Italie qui, avant la crise, avait ramené son déficit à 1,5 % du PIB. Cela, alors que dans un avenir proche, notre situation financière globale (sans faire par conséquent ces subtils distinguos) devrait, d'après l'OCDE, être apparemment plutôt moins pire que celles de nos partenaires (en 2010, notre dette publique est projetée à 80,5 % du PIB contre 81,5 % pour l'Allemagne). Une Allemagne qui vient de reconnaître qu'elle ne reviendrait pas dans les clous du Pacte de stabilité et de croissance avant 2012, 2013. Notre ministre du Budget vient de dire que même ces échéances lui paraissent problématiques. Il n'est pas si difficile que cela d'avoir une communication raisonnable.
