Poltique(s)
Matelot, par Sylvie Pierre-Brossolette Promotion à risque pour Luc Chatel Loyal, discret, modeste, bref, un “ministre au garde-à-vous ” comme Sarkozy les aime, habileté comprise. Qualité requise pour occuper l'Education. |
Il a beau être porte-parole du gouvernement et plutôt beau gosse, les Français ne le connaissent guère : Luc Chatel, 44 ans et quatre enfants, qui vient d'être promu ministre de l'Education, est un homme politique qui réussit en restant très civilisé. Jamais un mot plus haut que l'autre chez cet ancien cadre supérieur de L'Oréal, ex-élève de jésuites et détenteur d'un doctorat de marketing. Ce libéral a même réussi à se faire pardonner de ne pas être RPR à l'UMP : il est d'origine DL, proche de Jean-Pierre Raffarin — “ton seul défaut”, lui a un jour lancé Nicolas Sarkozy avant de devenir président — au point d'être devenu le délégué général de Dialogue et Initiatives, le club de l'ancien Premier ministre. Le chef de l'Etat l'apprécie tant qu'il lui passe aussi son amitié pour Jean-François Copé, dont il est le vice-président de l'association Génération France. Fr. Le secret de cette cote hors norme ? Une loyauté sans faille, une discrétion de bon aloi, un verbe sûr et velouté, une bonne humeur jamais démentie… et un talent politique certain : il est l'un des rares leaders de la majorité à avoir enlevé une mairie à la gauche, Chaumont (Haute-Marne) aux dernières municipales. Sarkozy apprécie le professionnel qui a le bon goût, en plus, de ne pas se vanter ou de se répandre en petites phrases. Il a même songé un instant à lui confier la Justice, en disant à ses proches, un peu sidérés : “Il n'y connaît rien, mais je lui fais confiance, il fera ce que je lui dis.” Le voilà à la tête du mammouth, monstre qui dévore ses tuteurs autant que ses élèves. Les responsables sont vite mis au pas par les syndicats, puis cloués au pilori par enseignants et enseignés dès qu'il faut mettre en œuvre une réforme d'envergure. Pour Chatel, c'est un test. S'il s'en sort vivant, alors que le principe de la suppression de 16 000 postes est toujours programmé pour le prochain budget, un boulevard lui sera ouvert. Mais ce fils d'amiral né aux Etats-Unis, passé ce cap difficile, va devoir aussi mener à bien les réformes en cours, inachevées par Xavier Darcos. Il lui faudra toute son habileté pour relever ces défis. Sous l'œil de ses camarades désormais un brin envieux et peu enclins à la charité chrétienne.
