Politique(s)
Politique(s)
Géopolitique L'impact de cette pandémie soudaine pourrait être lourd et fragiliser encore plus un tissu économique mondial déjà bien affaibli par les effets de la crise financière. |
Par Pascal Lorot, président de l’Institut Choiseul
La rentrée est là. Après un été chaud, pour ne pas dire caniculaire, l’automne pourrait s’avérer moins agréable. Que les températures diminuent est dans l’ordre des choses. Mais la baisse attendue risque de s’accompagner d’une montée en flèche du nombre de personnes atteintes du virus de la grippe AH1N1.
Au-delà de l’inquiétude suscitée par cette possible pandémie — on parle de millions de personnes contaminées —, celle-ci ne sera pas sans conséquence sur l’économie. Les économistes de la Banque mondiale ont estimé son coût entre 0,7 % et 4,8 % du PIB mondial, la fourchette variant bien sûr en fonction de l’importance de la pandémie.
Le scénario de rupture économique est clair. Côté entreprises, l’absentéisme au travail, la diminution des déplacements internationaux et la désorganisation de certaines filières conduiront à une contraction de la production. Côté ménages, bien peu nombreux seront ceux qui continueront à se déplacer, à se rendre dans les lieux publics (centres commerciaux, hubs de transport, stades, salles de spectacle...) ou à partir en vacances, d’autant que bien des enfants, qu’il faudra bien garder, seront consignés à leur domicile. Résultat : la consommation des ménages se reportera sur les seuls achats indispensables, et diminuera.
Tout dépendra naturellement de l’ampleur de la grippe. Dans une étude rendue publique fin juillet, le cabinet britannique Oxford Economics prédit, pour le cas où 30 % de la population mondiale serait contaminée — scénario extrême mais pas pour autant farfelu —, une déflation à l’échelle planétaire. L’activité économique reculerait de 3,5 %. Avec pour conséquence de repousser d’un ou de deux ans la date de sortie de la crise financière qui affecte l’économie mondiale depuis un an déjà.
La grippe de Hong-Kong fit environ 1 million de morts en 1968. La grippe espagnole affecta le quart de la population mondiale et fit au minimum 30 millions de morts en 1918. Et encore ces chiffres furent-ils contraints par l’absence de moyens de transports modernes et l’existence de frontières limitant les déplacements de populations, ce qui au final endigua la propagation de la pandémie. Ce qui n’est naturellement plus le cas aujourd’hui, mondialisation oblige.
La grippe AH1N1 devrait se situer entre ces deux extrêmes. Les autorités publiques mondiales et notamment en Europe disent se préparer à la propagation du virus, à grande échelle, dès la fin des chaleurs estivales. Des millions de doses de vaccins ont été commandées (mais non encore livrées). Gageons qu’elles aient pris les bonnes mesures car la situation dans l’outre-mer français, en plein hiver austral, est là pour montrer la vivacité du virus et la rapidité de sa transmission à l’échelle d’un territoire. Autrement, l’impact de cette pandémie soudaine pourrait être lourd et fragiliser encore plus un tissu économique déjà bien affaibli par les effets de la crise financière.