Politique(s)

Dompteuse, par Sylvie Pierre-Brossolette

Martine dans la ménagerie du PS

Il sera difficile pour la maire de Lille d'imposer son autorité aux “fauves” du parti.

Entre Marseille, Frangy et la Rochelle... Pour Martine Aubry, la rentrée est épineuse. Les rendez-vous rituels du PS sont autant de défis à son autorité. Depuis le congrès de Reims, elle s’efforce de s’imposer à des troupes indisciplinées. La débâcle aux européennes ne l’a pas aidée. Chacun s’est mis à jouer plus perso que jamais, les jeunes réclamant des primaires (Arnaud Montebourg menaçant même de quitte le PS si elle n’étaient pas organisées), les caciques temporisant, les commentaires des uns et des autres étant rarement flatteurs sur l’action de la première secrétaire. Cela ne l’a pas empêchée de chapitrer son monde début juillet, exhortant à l’unité, condition pour redevenir audible par les Français. Martine Aubry espère faire revenir le calme dans les rangs grâce au calendrier électoral. Les régionales sont désormais en vue et les socialistes contrôlent 20 régions sur 22. Autant dire qu’ils auraient beaucoup à perdre si l’opinion les sanctionnait à nouveau pour leurs divisions. Et puis la maire de Lille a mis le parti au travail en vue d’élaborer un projet. C’est François Mitterrand qui le disait : “Quand la grogne gagne, il faut mettre les gens au travail. Cela les occupe”. Mais Ils n’en abandonnent pas pour autant l’art délétère de la petite phrase, déguisée en prise de position sur le fond. Bâtir un projet suppose des choix idéologiques et stratégiques. Martine Aubry aura beau affirmer que l’élaboration sera collective et décentralisée, l’arbitrage lui reviendra in fine. Et elle n’a pas la même légitimité qu’un Mitterrand pour trancher. A La Rochelle, elle va devoir montrer beaucoup d’habileté pour contenter tout le monde et indiquer le chemin de l’union. L’expérience de l’an dernier — qui vit les pires affrontements roses dans ce joli port — servira peut-être de leçon : plus jamais ça ! Mais les arrière-pensées seront toujours là. Les talents de présidentiable de Martine Aubry n’étant pas établies, les prétendants à l’Elysée sont plus nombreux que jamais. Les anciens s’accrochent — de Ségolène Royal à Laurent Fabius en passant par François Hollande, Bertrand Delanoë et sans doute Dominique Strauss- Kahn — tandis que les “juniors” (bientôt tous “quinqua”) s’y voient aussi. Eléphants et éléphanteaux, inévitablement s’entredéchirent. Pour la première secrétaire, une sacrée ménagerie à gérer.


Le nouvel Economiste du 27 août 2009 - N°1486 – © Nouvel Economiste 2009