Pouvoirs d'aujourd'hui

Prise au vent, par Sylvie Pierre-Brosolette

Ségo, le retour

L'ex-candidate resurgit telle qu'en elle-même, rompant la trêve de La Rochelle.

Ségolène Royal n’en finit pas de surprendre. On la croyait calmée, uniquement soucieuse de faire le meilleur score possible aux régionales en Poitou-Charentes, sur fond de pacification dans le parti avec Martine Aubry. Et la voilà qui repart, tout feu tout flamme, rompant la trêve, certes artificielle mais réelle, conclue avec les dirigeants de la rue de Solférino. En un mot comme en deux : il a suffi que la première secrétaire marque des points et se remette dans la course pour que l’ancienne candidate à la présidentielle montre les dents. La maire de Lille lui convenait tant qu’elle était sans avenir. Les journées de La Rochelle ont prouvé le contraire, démontrant le sens politique et le punch intact de l’ex-madone des 35 heures. Alors la tigresse des Deux-Sèvres a bondi, faisant de la taxe carbone un thème de rentrée fracassant, poussant les feux également sur les propositions de rénovation du parti : Martine Aubry promet-elle la fin du cumul des mandats ? Qu’à cela ne tienne ! Ségolène Royal répond : chiche, appliquons la règle tout de suite, dès les prochaines régionales. De quoi se faire étrangler les caciques et gêner au plus haut point l’auteur de l’idée. Bilan de la séquence : la fête de La Rochelle est largement gâchée. Chacun a compris que la lutte serait à mort entre Ségolène et tout leader, homme ou femme, qui se mettrait en travers de sa route présidentielle. En rouvrant les hostilités, elle a en même temps affirmé sa présence et pris un risque. Elle a en effet montré qu’elle conservait un “pif” étonnant pour mettre le doigt où cela faisait mal. Avant tout le monde, elle avait compris que la taxe carbone, quel que soit l’air du temps favorable à l’écologie, serait considérée comme un impôt sur les plus pauvres. Elle s’est de même appuyée, de manière un brin démago, sur le courant de l’opinion hostile aux élus “cumulards” pour enfoncer le clou sur la question. Mais elle a, ce faisant, réintroduit le poison de la division rejeté par les militants et les électeurs socialistes.
L’épisode de La Rochelle n’aurait-il été qu’un mirage ? Ce week-end avait été une pause saluée par tous. On mesurera dans les prochains sondages si Ségolène Royal a eu plus à gagner qu’à perdre à y mettre fin.


Le nouvel Economiste du 10 septembre 2009 - N°1488 – © Nouvel Economiste 2009