Pouvoirs d'aujourd'hui
Pouvoirs d'aujourd'hui
Expertise “Parlez-vous la culture de votre interlocuteur ?” |
“Surtout ne dites pas que nous enseignons les langues... d’ailleurs, je ne saurais pas vous en parler, nous ne les enseignons pas.” Patricia Glasel, directrice de Berlitz Consulting, pratique avec bonheur l’art du contre-pied. En fait la langue qu’elle enseigne avec une pédagogie toute particulière, c’est le management interculturel. “Parlez-vous la culture de votre interlocuteur ? Pour négocier au Moyen-Orient, motiver un collaborateur chinois, allemand ou mexicain tout en développant un véritable esprit d’équipe en Afrique ou en Amérique latine ? Avant de développer une activité à l’export ou participer à une fusion dans un pays étranger, au-delà des pratiques commerciales, c’est le plus souvent au niveau des comportements et des valeurs que se situe le déficit de connaissances... et les pièges devenus pourtant de grands classiques.”
Combler une carence des grandes écoles
Savoir-faire rarement dispensé sur les bancs d’une école, fût-elle grande. Au programme donc, des pilules d’anthropologie et de sociologie permettant de décortiquer en un à deux jours les clés de compréhension d’une destination pour un voyage d’affaires ou un séjour “business” plus long. Le décodage des moeurs locales de la vie des affaires fait partie des disciplines fort peu dispensées. “Pour les expatriés, ce déchiffrage permet non seulement de leur donner un focus sur le pays dans lequel ils vont travailler mais surtout une compréhension des rapports humains dans l’univers du travail”, observe Patricia Glasel, coach de cadres à l’international qui a formalisé ce qui finalement se transmettait plus ou moins heureusement de façon orale.
Avec 76 pays au catalogue et 400 consultants, il reste peu de place à l’ignorance sur la mappemonde. Une base de données commune engrange la culture partagée de ce groupe d’enseignement multinational qui appartient à un groupe d’édition japonais. Les stages “travailler avec...” permettent de se familiariser avec sa propre culture afin de la confronter à celle des prochains interlocuteurs. “Les différences culturelles peuvent influencer les réussites ou les échecs des affaires”, explique Patricia Glasel qui fait aussi de l’accompagnement individuel pour les managers sans frontières. Une déclinaison des prestations en ligne permet de décrocher un “passeport pour l’international” tandis que le professeur Geert Hostede a élaboré un programme de e-learning de 50 minutes livrant le secret des grandes différences culturelles mondiales.
Sur la base de 1 500 à 5 000 euros la journée, nombre de managers de Danone, Total, Société Générale ou Bosch ont déjà profité de ces sessions d’accompagnement multiculturel afin, au-delà de la simple prise de conscience, d’appréhender tous les enjeux spécifiques des hiérarchies dans chacun des pays. Ainsi que les à-côtés pratiques de la vie. Y apprendront-ils que, selon les estimations de la directrice de Berlitz Cultural Consulting, 80 % des couples expatriés partent mariés mais reviennent de l’aventure divorcés ? L’histoire ne dit pas si les enseignements préventifs à la découverte de nouvelles contrées et nouvelles moeurs professionnelles permettent de réduire ce taux de casse. Une certitude, dans la plupart des cas, le parachute permettant d’atterrir en douceur à la fin de la mission a bien souvent des défauts. “Rien n’est prévu et le changement de niveau et de rythme de vie prépare des retours pour le moins frustrants”, constate cette spécialiste, observant au passage que les managers “préparent davantage leurs vacances que leurs voyages d’affaires”. Ses observations ne s’arrêtent pas là.
Q.E. plus que Q.I.
La psychologie pour s’adapter réclame, selon elle, une forme d’intelligence qui n’est pas scolaire mais plutôt émotionnelle, comme l’ont constaté ses consultants-coachs, face à une donnée internationale de plus en plus complexe. Et la crise, globale, n’a pas simplifié la donne. “On imagine que la globalisation aurait fabriqué un esperanto du business mais c’est une profonde erreur, en période de crise, chaque pays, marché, système de pensée a tendance à se replier sur lui-même en s’accrochant à ce qui le singularise. Voilà pourquoi nos formations portent essentiellement sur les valeurs et les comportements”, explique cette experte qui s’est frottée aux cultures de 11 pays avant de prendre ces responsabilités. D’ailleurs les différences tiennent souvent à l’expression du registre émotionnel, qui change du tout au tout selon qu’il s’agit d’un Japonais, d’un Américain ou d’un Polonais. Ici le Powerpoint rigoureux fera la loi, alors que là, il ne passera pas la rampe. Justement, afin de mieux travailler sur ses propres “skills”, un autodiagnostic “Berlitz style assessment tool” permet de se livrer à son propre audit afin de mieux mettre en évidence ses comportements... et évaluer ceux qu’il convient de modifier.
patrick.arnoux@nouveleconomiste.fr