Politique(s)
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Géo-économie, par Jean-Pierre Patat Les banques ne prêtent plus. Ou avec parcimonie. Une attitude qui conduit nombre de petites et moyennes entreprises vers la disparition. |
La détestation de l’entreprise est une attitude dominante en France. Au sein de cette espèce honnie, les banques occupent une place de choix, et les déboires du système bancaire depuis plus d’un an — déboires que les banques françaises ont plutôt subis en tant que dommages collatéraux — ont renforcé ce sentiment. L’affaire des “bonus” où la profession a fait preuve d’un manque de jugement criant porte ce sentiment à un paroxysme.
On ne va pas plaindre les “traders” mais il faut prendre garde à ce que cette question de bonus ne soit pas l’arbre qui cache une épaisse forêt à plusieurs massifs.
Les bonus ne sont d’abord qu’un (petit) aspect des rémunérations des hauts dirigeants (voire des actionnaires ) qui, pas seulement en France, ont atteint des niveaux qui défient la décence, et pas uniquement dans les banques. Rémunérations fixes dont le rapport avec celui des petits salaires n’a plus rien à voir avec les limites tacites, déjà confortables, que Ford avait préconisées, primes de départ extravagantes, retraites -chapeaux, stock-options… Va-t-on s’attaquer sérieusement à ce qui constitue une véritable gangrène du système capitaliste ?
Autre point, il ne faudrait pas qu’à Pittsburgh, la focalisation sur cette histoire de bonus relègue au second plan d’autres aspects, essentiels, de la reforme de la finance internationale, le statut des hedge-funds par exemple, une question qui semble être tombée dans une trappe.
Mais il y a peut-être plus grave et qui, bien au- delà des prébendes de quelques opérateurs, menace le raffermissement de la reprise qui s’amorce : les banques ne prêtent plus. En tout cas elle ne prêtent qu’aux entreprises qui ne leur paraissent pas risquées et plus à celles, la plupart des PME, que la crise actuelle a, forcément, fait tomber dans la catégorie “risquée”. Des entreprises qui ont un besoin vital de financement pour reconstituer leurs stocks, investir, bref faire face à une demande renaissante et que l’attitude actuelle des établissements de crédit conduit, pour nombre d’entre elles, vers la disparition. Un problème auquel la réponse de l’Etat doit aller au-delà de la simple engueulade des patrons de banques, même s’il en est un bénéficiaire indirect (comme il faut bien employer les fonds, les banques se gorgent de titres d’Etat, ce qui maintient les taux à long terme à un niveau très bas). Aussi, la mise en œuvre d’un système de garanties publiques de grande ampleur serait certes prendre le risque d’une nouvelle dépense publique mais une dépense qui serait un investissement d’avenir.