Politique(s)
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Entre les lignes Les pyromanes de la finance ont mis le feu aux déficits et à la dette. Ce n'est pas eux qui régleront la facture. |
Les Français se foutent de Clearstream comme de l’an 40. Bonne nouvelle. Le crédit à la consommation a reculé de près de 15 % en août. Pas un bon signe. Maintenant que le G20 a fermé ses persiennes, on respire : la confiance des marchés n’est pas ébranlée. On n’a rien eu de plus du raout de Pittsburgh que les coups de canif aux symboles (bonus, paradis fiscaux) et les dotations au FMI. Les banques ont trois ans pour adresser les objectifs fixés par un gotha politique planétaire qu’on a senti prudent. Le G20 pointe du doigt mais ne tord pas le bras aux Satans de la finance. Pas de véritable décision sur ce qui compte : fonds propres, provisions dynamiques, normes, ratio d’effet de levier. Que des principes généraux. Les déficits, la dette ? Motus sur ce qui est devenu le cancer primaire des pays riches. La dette publique mondiale atteindra 36 000 milliards de dollars en fin d’année. La dette de la France, autour de 1 500 milliards d’euros. Des chiffres délirants dont personne ne s’émeut plus guère. Quand les bornes sont franchies, il n’y a plus de limites, raillait le sapeur Camembert.
Qui entend Raffarin ?
Jean-Pierre Raffarin a vaguement bredouillé son inquiétude, mais qui entend Raffarin ? Les socialistes, toujours en mal de doctrine, râlent contre les niches, la hausse du forfait hospitalier et la fiscalisation des indemnités accidents du travail. Après l’annonce, par François Fillon, d’un déficit de 140 milliards d’euros pour 2009, et sans doute autant l’an prochain, la bataille du budget 2010 tourne autour de passes d’armes sur des recettes symboles à 150 millions d’euros. 140 milliards de déficit : imaginons un ménage, déjà aux trois-quarts endetté, et qui doit maintenant emprunter la moitié de ses besoins de fonctionnement de l’année. Voilà pourquoi, Madame, votre fille est muette. La France “qui va dépenser plus alors qu’elle proclame la nécessité de dépenser moins, est schizophrène”, dénonce le président socialiste de la commission des Finances à l’Assemblée, Didier Migaud. Fillon, Largarde et Woerth montent au créneau. Sarkozy se tient coi sur le budget. Après le flot médiatique à l’ONU et au G20, retour au terrain. Les jeunes et les PME, comme prévu, sont au menu des retrouvailles ! Les jeunes ? Non seulement le RSA élargi ne plaît pas à tout le monde à droite mais à chaque fois que Martin Hirsch rôde à Bercy, “ça coûte 1 milliard aux finances publiques”, maugréent les méchantes langues. En l’occurrence, le mécanisme antiprécarité des jeunes coûterait 650 millions. Balladur et Villepin l’ont expérimenté à leurs dépens : les plans jeunes sont des minibombes à fragmentation sociale immédiate. Darcos lui-même a dû faire machine arrière sur les lycées. Ce RSA 18-25 ans sera-t-il mieux reçu ? Le chef de l’Etat, qui s’adresse à une classe d’âge durement frappée par le chômage et substantiellement rétive à sa politique, le croit. Il croit aussi ôter à la gauche un nouvel argument.
Les PME sont-elles de droite ?
Tout ce qui “remonte de la province” et des bilans locaux/régionaux rend plus que nécessaire le soutien public à la trésorerie des petites et moyennes entreprises. La Caisse des dépôts, ici aussi, s’impose comme pivot de l’action de l’Etat. Son directeur général, Augustin de Romanet, multiplie les initiatives pour offrir des fonds propres au tissu des TPE/PME blessées par la crise. Vital pour l’activité et l’emploi dans les bassins ! Soit dit en passant, Romanet, ex-collaborateur de Chirac injustement mis sur la sellette il y a un an, est devenu indiscutable et indiscuté à l’Elysée où il a toute la confiance de Claude Guéant et Xavier Musca. Après avoir recyclé Bruno Le Maire au gouvernement, confirmé Mongin à la RATP, deux “villepinistes” pur sucre du quinquennat d’avant, Nicolas Sarkozy joue d’ailleurs la continuité en renouvelant sa confiance à Christophe Blanchard-Dignac, sobre et efficace pilote de la Française des Jeux. Et il déroule le tapis électrique devant Henri Proglio. L’arrivée de l’homme de Veolia à la tête d’EDF est un soulagement pour une entreprise publique déboussolée. C’est la certitude d’un changement de la gouvernance du numéro un mondial de l’électricité, voire, murmure-t-on, d’une réorganisation de fond de la filière nucléaire pilotée par Anne Lauvergeon. Ces dernières années, Henri Proglio, président du comité de stratégie d’EDF, a été délibérément ignoré par Pierre Gadonneix. Presque toutes les décisions de développement et de croissance externes les plus récentes ont du reste été prises sans lui. Plus inquiétant, l’Etat lui-même n’a pas toujours pris “toute la mesure” — le commentaire est celui d’un ministre — des décisions stratégiques d’EDF. Drôle de monde.
Avec des recettes qui couvrent à peine la moitié des dépenses, l’opinion ne paraît pas consciente du désastre financier. Encore moins de ce qui pourrait changer la perspective à un horizon “visible”. La dette, en toute hypothèse, aura peu ou prou gonflé de 500 milliards entre 2008 et 2012. L’horreur financière, l’espace d’un seul mandat, se désole-t-on à la Cour des comptes. A tous ceux qui lui en font grief, le Château répond que la France ne saurait être assimilée à un “ménage endetté” ; que la planète a choisi les déficits pour réduire la récession, sinon éviter la dépression ; que la montagne de dépenses publiques, la frénésie hyper-keynésienne, ne peut, par définition, qu’accroître les déséquilibres et creuser la dette. Raisonnement incontestable. Moyennant quoi, l’impasse budgétaire atteint 8,2 % du PIB pour 2009 et, sans doute autant pour 2010 quand on additionnera — et il faut bien entendu le faire — le grand emprunt national. Pas de panique, “nous ne sommes pas à la rue” ! Les intérêts de la dette pèsent de l’ordre de 6,5 % des recettes, sous le seuil critique des 10 % qui tarabuste généralement les marchés des capitaux. En d’autres termes, tant que l’Etat a les moyens d’honorer sa dette, les prêteurs ne manquent pas pour des pays comme le nôtre, réputé solvable et qui jouit d’ailleurs toujours d’un label AAA. C’est tout aussi vrai. Mais cela ne constitue en rien une politique. “L’ambiance n’est pas à la restriction budgétaire. On fait les économies qu’on peut,” avoue Jean-François Copé.
Procès en irresponsabilité ?
Paris n’est pas pire que Berlin, Londres, Rome, Madrid ou Washington, proteste un homme du Président ! Certes, la France d’avant la crise était le cancre budgétaire de la classe européenne, “mais aujourd’hui, nous sommes largement surpassés par les donneurs de leçons libéraux, Grande-Bretagne et Etats-Unis notamment, où les déficits publics flirtent avec les 12 %. Pourquoi toujours stigmatiser la France ? Et, comme l’a redit le G20 avec solennité, ce n’est surtout pas le moment de retirer le tapis des aides publiques alors que la reprise se dessine à peine !” C’est clair, on n’économisera pas sur la relance et le traitement social, quel qu’en soit le prix. “Ca, ce serait irresponsable !” Et le tandem Sarkozy/Fillon de plaider que “son” projet de budget est le meilleur possible “compte tenu des circonstances”. En 2009, on a bien “laissé filer les déficits afin de lutter contre la récession”. En 2010, le Premier ministre joue la “reprise” et met globalement l’accent sur la compétitivité des entreprises. Lourdement anticipés, les déficits sociaux (24 milliards cette année, au moins 30 l’an prochain) explosent : c’est la Sécu qu’on martyrise.
Etat, Sécu, collectivités, le bateau prend l’eau de partout. Les promesses de baisses broyées par la crise, Nicolas Sarkozy refuse ostensiblement “d’augmenter les impôts”. Or la crédulité des Français a des limites. Difficile de dire si la législative partielle des Yvelines est un révélateur de tendance, mais la victoire in extremis (de 5 voix !) du remplaçant de Christine Boutin fait jaser. Avertissement sans frais ? L’ampleur des déficits, l’absence définitive de marge de manœuvre contraint Nicolas Sarkozy à un exercice d’équilibriste de type angoissant : le budget 2010 bouclé, il lui restera une loi de finances, une seule intégrale, pour façonner la présidentielle de 2012. Au cœur de la bataille, le candidat Sarkozy — plus que ses contradicteurs — sera prié de dire aux Français comment s’y prendre pour régler les intérêts. Et qui d’autre que les électeurs réglera la douloureuse ?