Politique(s)
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Géopolitique, par Pascal Lorot La Chine a offert un modèle alternatif à certains dirigeants africains, trop heureux de trouver dans cette nouvelle relation un facteur de consolidation de leurs pouvoirs. |
La parenthèse n’aura duré que quelques années, une grosse décennie tout au plus. Ces dernières années, la France déclamait haut et fort en effet ne plus vouloir se mêler des affaires intérieures des pays africains, entendez ses anciennes colonies. Les Africains devaient prendre leur destin en mains, moderniser leurs économies en ouvrant leurs frontières, engager des processus de démocratisation et en finir avec les putschs à répétition. Il faut dire que le monde (occidental) était à l’unisson sur ce sujet : les Etats-Unis, l’Europe et l’ensemble des organisations internationales (ONU, Banque mondiale et FMI) appelaient l’Afrique à se démocratiser et à s’adapter aux nouvelles pratiques de gouvernance nées de la mondialisation.
Côté morale, tout le monde applaudit. Soutenir la démocratisation des régimes et lutter contre le despotisme de certains leaders africains devenaient l’aiguillon de la politique africaine de la France. Si l’on ajoute l’économie de marché à la démocratie, la recette pour arrimer l’Afrique au monde moderne était toute trouvée. Au cours des années récentes, la France a donc condamné sans réserve les régimes fautifs. Lors des différentes élections, elle s’est refusé à émettre une préférence, encore moins à intervenir. De crainte peut-être qu’on la traite de “néocoloniale”, un vilain gros mot.
Le modèle aurait pu marcher si la Chine ne s’en était mêlée. Ce pays a offert aux Africains un modèle alternatif. Pékin a démontré que l’on pouvait conserver le pouvoir politique d’une poigne ferme tout en favorisant le développement économique. La France a continué de parler morale, la Chine a investi dans des pays trop heureux de trouver dans cette nouvelle relation un facteur de consolidation de leurs pouvoirs.
Aujourd’hui, on ne parle plus de Françafrique mais de Chinafrique. L’empire du Milieu a pris les positions économiques de la France : pétrole, minerais précieux, bois, terres agricoles, produits de base, BTP, etc., il n’est pas un secteur où la Chine ne soit dominante. Dernier exemple en date : alors que l’Europe et l’Occident condamnent — à juste titre — les massacres intervenus le 28 septembre dernier en Guinée, la Chine annonce un possible investissement de 7 à 9 milliards de dollars dans ce pays. Il faut dire que ce dernier dispose des premières réserves mondiales de bauxite et a de très importants gisements d’or, de diamants et de fer…
La politique africaine de la France serait-elle en train de verser dans davantage de réalisme ? Le soutien officieux apporté au candidat Ali Bongo lors des élections présidentielles au Gabon, l’absence de réaction à l’élection plus que douteuse de Mohamed Ould Abdel Aziz en Mauritanie, la passivité face à la situation malgache et, plus récemment, la restructuration de la cellule Afrique à l’Elysée témoignent d’une inflexion sensible de la position de Paris. Un peu plus de realpolitik ne peut sans doute faire de mal si l’on veut défendre les intérêts stratégiques que peut avoir la France sur le continent africain — c’est même sans doute à cette seule condition que Paris récupérera une partie des positions perdues. Mais ne nous y trompons pas, l’essentiel du mal est fait car, dans l’ombre d’une Chine présentée comme épouvantail, ce sont aussi des pays comme le Brésil, l’Inde ou encore les Etats-Unis qui aujourd’hui occupent les positions qui furent les nôtres.