Politique(s)
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Entre les lignes par Henry Lauret Le succès annoncé du sommet de Copenhague est une des rares bonnes nouvelles pour Nicolas Sarkozy, chantre du Grenelle. |
Le soufflé enfle mais Copenhague ne sera sûrement pas le Yalta climatique dont rêvent les fervents communiants d’Al Gore ou d’Arthus-Bertrand. Accablé par plus de 30 millions de chômeurs, l’Occident se préoccupe d’abord de transformer le douloureux sauvetage de la finance en reprise réelle. L’Europe, c’est rare, s’impose comme l’initiatrice d’une action de concert à l’échelle planétaire. Elle a déjà affiché sa différence et ses quotas pour 2020, quitte, comme le craignent les industriels, à se tirer une balle dans le pied de la croissance. Le Japon n’est pas en reste qui promet pour 2020 un quart de baisse de ses émissions. L’Amérique s’éveille enfin. Tandis que la Chine, premier émetteur de gaz à effet de serre, prend le vent. Le Chinois est grand et ne perd pas le nord : comme Obama, Hu Jintao ne veut pas entamer son potentiel de croissance pour les beaux yeux de la planète Terre. L’Occident s’est rendu à la raison : il financera l’effort des pays émergents, grands concurrents d’aujourd’hui et de demain, en plein boom économique, et actuels futurs grands pollueurs. Pour prix de la reconnaissance du droit au développement. Moyennant quoi, l’Inde, le Brésil, la Russie vont pouvoir participer au petit jeu des objectifs chiffrés. Le militant Lula, surtout lui, n’aurait de toute façon pas pu faire moins.
Le grand bal des hypocrites
Longtemps menacé, le grand bal des hypocrites aura bien lieu et il flotte même sur ce Cop 15 (titre officiel de la conférence de l’ONU) quelque chose d’enivrant qui, explique doctement un sherpa, est le reflet de la “compréhension que les dirigeants se font de l’instant”. En un mot, les politiques se sont résolus à agir sous la pression de leurs opinions publiques anxieuses et remontées autant par le buzz écologique sur le Web planétaire que par les discours d’estrade enflammés. L’homme est-il devenu un agent climatique ? Sauf pour les experts du GIEC (groupe des experts des Nations unies), le débat scientifique sur l’impact réel de l’activité humaine n’est pas près d’être tranché, mais la cause du réchauffement invite cette fois les démocraties à sortir de leur myopie. L’affaire justifie au moins d’appliquer le principe de précaution contre les émissions de gaz qui acidifient les eaux, plaide le dissident Allègre. L’eau potable manque à plus d’un milliard d’êtres ! Sauf coup de torchon, on devrait donc croiser du beau linge le 18 décembre à Copenhague, y compris l’insaisissable Barack Obama qui passait il y a peu pour le “Sauveur de la planète”, et qui aura tout loisir de réparer ce qui se fût avéré une grossière erreur politique : le Messie, l’apôtre de la croissance verte, pouvait-il se permettra d’être absent au repas de la Sainte Scène ?
“Vote Earth”, votez la Terre ! Derrière les slogans et les têtes couronnées, on est en droit de se demander qui sont “les vrais représentants de la Terre, des océans, de la banquise, des espèces menacées”, s’exclame le philosophe Michel Serres. Comme beaucoup, l’auteur du Temps des crises évite de focaliser sur le green deal planétaire qui se mitonne et qu’on devine déjà comme un salmigondis de promesses sorti du chapeau danois et n’engageant que ceux qui feraient mine d’y croire. Michel Serres se méfie du soulagement passager. Sans illusion, il reste convaincu que l’émergence de la “crise climatique” n’est qu’un aspect de la prise de conscience, plus globale, d’une espèce humaine qui aurait perdu le lien avec sa planète, ses rythmes, ses limites, ses dangers.
Récession, dette, chômage
Par leur nature, les troubles de 2008 ont provoqué le grand retour des Etats et du politique. Climat, énergie, démographie. La liste des doléances s’allonge. Or ce monde qui se dérobe devrait inviter les régimes démocratiques à “intégrer dans leur fonctionnement le souci du long terme”, juge Pierre Rosanvallon. Agir en pensant à nos obligations envers les générations futures. Cette exigence est plus actuelle que jamais, même si l’historien et professeur au Collège de France se souvient que sous la Révolution française déjà, Condorcet qualifiait de “démocratie immédiate” la préférence du politique pour le présent. Fulgurante modernité. Ceci dit, qu’attendre raisonnablement de la démocratie immédiate réunie à Copenhague sinon un élan commun, illustré, si possible, d’un calendrier partagé ? La notion même de traité, on le sait, n’aura jamais existé. Tout traité est par nature contraignant, et si le Cop 15 accouche d’un compromis, c’est bien parce que l’idée d’une régulation supranationale n’a pas trotté dans les esprits. Les chefs d’Etat qui, pour certains, agitent frénétiquement le grelot du bien commun, sont d’abord là pour défendre les intérêts nationaux et le peuple. Brandir l’héritage collectif n’a jamais fait remplir les urnes. D’autant que chacun aura pu constater ce qu’il est advenu, après la grand-messe écolo brésilienne de 1992, du pacte de Kyoto de 1997 : mort-né, tué dans l’œuf par une administration Bush dont l’arrogance et le cynisme auront servi d’alibi commode durant une décennie d’hyper croissance et d’orgie financière. Ajoutons qu’il y a plus de 50 ans maintenant que les experts du climat avaient commencé à attirer l’attention des dirigeants de la planète sur les effets du CO 2. Et un bon quart de siècle que les scientifiques “appréhendent le risque climatique”.
Les militants réclament un accord “ambitieux, juste et contraignant”. Mais traquer le carbone ne rime-t-il pas avec décroissance ? Pour la Chine, comme pour l’Amérique qui s’impose un “effort de guerre” de 1 500 milliards pour ranimer son économie, c’est toute la question. Le G2 (Amérique/Chine) reste perplexe, pendant que la Danoise Connie Hedegard, nouveau commissaire au climat et président de la Conférence de Copenhague, se fait le porte-parole de l’Europe. Les nations qui “seront les premières à traiter correctement les défis du changement climatique disposeront des meilleurs atouts politiques et économiques”. S’attaquer à ces défis est une question de leadership pour le XXIe siècle, écrit-elle en substance.
Prêche idéologique ou vérité première ?
Nicolas Sarkozy joue à fond la carte verte et ne saurait être soupçonné de mièvrerie. Au Danemark, au contraire, la France est citée comme modèle, non de vertu environnementale (ce qu’elle n’est pas) mais de volontarisme et d’initiatives en faveur de la cause. Elle est du reste le seul Etat à avoir réuni l’énergie, le transport et l’environnement dans une même administration, celle de Borloo. Assumé son coming-out avec le Grenelle. Et Sarkozy en personne s’est fait l’artisan du paquet européen énergie/climat et d’un compromis au sommet danois.
De quoi redorer un peu du blason tricolore, ce qui n’est pas du luxe. De quoi remettre aussi l’ouvrage sur le métier dans l’Hexagone, où le chef de la droite traverse une passe des plus délicates. Nicolas Sarkozy, c’est de bonne guerre, ne se privera pas de faire son miel d’un succès à Copenhague. Pas du luxe là non plus car son débat, à vocation électoraliste, sur l’identité nationale est en passe de faire long feu. Le green deal planétaire ne peut pas mieux tomber. Et puis, qui sait ?, il sera toujours utile d’avoir eu la main verte en perspective des grandes batailles. Aujourd’hui, c’est entendu, le chef de l’exécutif est coincé dans son corner de l’union de la droite. Et c’est au centre et du côté de Cohn-Bendit que se joue la partie. La bataille du centre pose aux socialistes la question des alliances au-delà des échafaudages du passé : union de la gauche/gauche plurielle. Pour Bayrou, qui se pense en Delors, et Royal, l’insoumise du PS, les régionales sont jouées. Les deux rêvent surtout d’un second tour présidentiel à la tête d’une coalition TSS, tout sauf Sarko, qui ressemble fort à l’arc-en-ciel de Peillon (Modem, Europe-Ecologie, Radicaux, Hue). Mais il faudra avoir sorti au premier tour le candidat officiel des socialistes… D’ici là, c’est le premier tour des régionales qui sera lourd d’enseignements. Combien de divisions pour Cohn-Bendit ? Que Cécile Duflot s’estime incompatible avec François Bayrou, soit. Mais qui du Modem ou du PS récupèrera les passerelles vertes de Danny le rouge ? Bayrou “gauchit” son discours et fait la paix avec l’icône de mai 68. Mais, “Copenhague ou pas, vert ou pas vert, on aurait bien tort d’enterrer Sarkozy” !