Politique(s)

Coup de vent, par Sylvie Pierre-Brossolette
La boîte de Pandore

En ouvrant le débat sur l'identité nationale, Eric Besson n'avait pas prévu le vote des Suisses contre les minarets.

Eric Besson se retrouve-t-il un pont trop loin ? Le débat sur l’identité nationale qu’il a lancé avec la bénédiction de l’Elysée est presque victime de son succès. Un succès nourri par des polémiques qui n’étaient pas programmées au départ : la votation suisse a soulevé la chape de plomb que, mine de rien, l’on tenait solidement arrimée au-dessus de toute volonté de dire les choses sans tourner autour du pot. La main sur le cœur, chacun assurait que les immigrés et leurs enfants n’étaient pas visés en tant que tels. Et tant pis si l’appellation ministérielle d’Eric Besson est bel et bien “Immigration et Identité nationale”. On faisait semblant de jouer aux pères nobles en racontant l’histoire de France et en vantant les valeurs de la République. Et voilà que de vilains minarets helvétiques, rejetés par près de 60 % de la population, donne un nouvel éclairage, beaucoup plus cru, sur le débat. Il n’est plus question que de burqa, de mosquées, de signes extérieurs d’une religion que l’on tolère mal dans un vieux pays à la fois chrétien et laïc. Soudain les bouches se sont ouvertes, pour le meilleur ou pour le pire, dans un défouloir qui attendait depuis des années de ne pas être le monopole du Front national. Eric Besson n’est pas homme à se laisser démonter par de tels débordements. Il les souhaitait même peut-être, sans vouloir les provoquer directement. Mais maintenant que l’abcès est crevé, il va falloir s’expliquer : jusqu’où la France est-elle prête à tolérer l’expression de différences qui touchent moins au culte qu’à la culture ? Les discussions entamées dans les préfectures seront sans doute plus aseptisées que celles recueillies dans les bistrots ou même dans la bouche de certains élus. Les vraies questions seront posées ailleurs que dans des cercles officiels où la retenue est de mise. A qui profitera ce charivari moins conceptuel qu’instinctif ? On craint évidemment, dans la majorité, que le parti de Jean-Marie Le Pen n’engrange les dividendes de la polémique. Tout dépend des réponses apportées par le pouvoir aux angoisses de citoyens déstabilisés dans leurs habitudes et pour qui, souvent, la peur de l’autre est un réflexe atavique. La boîte de Pandore est désormais ouverte. Il revient à Eric Besson, en super-psy, de calmer la crainte des uns et la colère des autres, musulmans de France inévitablement ostracisés lorsque les langues se délient. Bon courage Dr Besson…


Le nouvel Economiste du 10 décembre 2009 - N°1501 – © Nouvel Economiste 2009