Chroniques & Opinions
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Je vous écris de... Bruxelles Un système financier international viable doit inclure un mécanisme permettant d'endiguer les déséquilibres. |
Par Lorenzo Bini Smaghi,
membre du board de la Banque centrale européeenne.
Si la crise financière est généralisée, la solution doit, paraît-il, être globale : un meilleur système financier international. Et comme les institutions de Bretton Woods — la Banque mondiale et le Fonds monétaire international — sont au cœur du système financier international, elles doivent faire partie de la solution.
Un système financier international amélioré doit suivre deux lignes d’action principales. La première est d’élargir la portée de la coopération internationale. Ce à quoi le Comité de stabilité financière, dont les pays du G20 entre autres font partie des membres, s’affaire en ce moment.
Une seconde ligne d’action est de renforcer le pouvoir des institutions internationales afin d’obtenir des politiques économiques plus cohérentes, surtout pour les économies importantes sur le plan systémique. C’est là que les institutions de Bretton Woods peuvent intervenir directement, notamment le FMI. Suite à la crise asiatique de 1990, un renforcement du FMI a été conclu et le G7 réuni à Cologne en 1999 a mandaté le Fonds pour jouer un rôle de surveillance accrue afin de garantir une meilleure transparence et d’exhorter les pays à procéder à des ajustements précoces lorsque leur balance des paiements n’était pas viable.
Le FMI mis en échec
Mais, ce mandat n’a pas comblé les attentes durant la dernière décennie. Certaines économies émergentes n’ont pas laissé leur devise flotter. Au contraire, elles ont continué de s’accrocher à des taux de change sous-évalués, afin de promouvoir leurs exportations et d’accumuler des réserves sous forme d’assurance en cas de crise.
Qui plus est, le FMI n’a pas réussi à convaincre les pays de mettre en œuvre des politiques macro-économiques allant de pair avec des positions décentes pour les comptes courants. Les économies avancées non plus, les Etats-Unis en particulier, n’ont pas totalement suivi les conseils du FMI. L’accumulation de gros excédents, notamment chez les économies asiatiques émergentes et les pays exportateurs de pétrole, a permis de financer le déficit du compte courant des Etats-Unis. Cela a aussi eu pour effet d’abaisser les taux d’intérêt à long terme aux Etats-Unis tout en rendant les conditions monétaires plus expansionnistes.
Les économies émergentes, suivant l’exemple des pays avancés, ont aussi attaché moins d’importance à la surveillance du Fonds, surtout lorsque l’accumulation d’actifs externes les a rendues moins dépendantes des services de conseil et de financement du FMI. Le Fonds est par exemple depuis trois ans incapable d’appliquer son programme de surveillance en Chine. Pendant ce temps, les économies des marchés émergents arguaient que leur sous-représentation dans les institutions de Bretton Woods privaient le FMI de toute légitimité.
Améliorer la prévention
Ces derniers temps, le Fonds a joué un rôle clé dans la résolution de la crise, notamment en évaluant la gravité de la situation et en apportant des fonds externes aux pays. Or, si nous souhaitons créer un système monétaire international où les crises font exception, le Fonds doit jouer un meilleur rôle préventif.
Il semblerait que plusieurs pays nient le fait que les larges déséquilibres externes soient à l’origine de la crise. Mais en fin de compte, ces déséquilibres reflètent l’excès de liquidité à l’international accumulé par des pays comme les Etats-Unis, dû à un excès d’épargne dans les pays comme la Chine. Ceci a provoqué une explosion non viable de la consommation, ainsi qu’une prise de risque non garantie auprès des consommateurs et des institutions financières, générant des bulles et autres grandes aberrations sur les marchés financiers, préalables la crise actuelle.
Moins de forces pèsent en faveur d’ajustements des déséquilibres précoces et efficients, ce qui est risqué. En effet, moins de pays ont désormais recours au FMI pour éviter d’accumuler des déséquilibres externes excessifs et adopter des politiques intérieures plus strictes.
La Décision sur la surveillance bilatérale des politiques des Etats membres — qui visait à identifier l’alignement fondamental des taux de change — en est un bon exemple. Elle a été modifiée pour permettre une surveillance plus discrète, notamment au niveau des taux de change. L’on pourrait considérer ceci comme un choix stratégique, mais je doute que le FMI s’en sorte renforcé.
Les pays émergents et en développement exigent un FMI plus fort, mais semblent aussi souhaiter moins d’intrusion et de conditionnalité — tout en bénéficiant d’un financement facile et bon marché. Cela pourrait être approprié de temps à autre, mais ce n’est pas viable en temps normal. Il faut effectivement réfléchir à une stratégie pour éviter un financement bon marché sans condition du FMI.
Renforcer le rôle des DTS
Or, la plupart des actionnaires du FMI souhaitent, semble-t-il, rendre le système de financement du FMI plus accessible. Renforcer le rôle de ses Droits de tirage spéciaux (DTS), ou compléter le dollar par une devise de réserve mondiale, contribuerait à faciliter les besoins de financement des pays à la fois en déficit et en excédent. Pour les pays en déficit, il serait plus aisé d’emprunter auprès des institutions internationales en dehors des marchés, et l’émetteur d’une telle devise serait doté d’un rôle de prêteur en dernier recours. Les pays en excédent désirant accumuler des réserves quant à eux pourraient réduire le risque des taux de change.
Toutefois, si le financement venait à être simplifié, la manière dont les créditeurs et débiteurs perçoivent le risque de déséquilibres excessifs n’est pas claire. Les ajustements auraient lieu encore plus tard qu’auparavant, ce qui est très dangereux, et les déséquilibres s’accumuleraient sur une période encore plus longue. Dans ces circonstances, les crises seraient encore plus sordides, et les ajustements plus terribles — à l’instar de ce qu’il s’est produit pour la dernière devise mondiale, l’étalon-or.
Un système financier international viable doit inclure un mécanisme permettant d’endiguer les déséquilibres. Pour y parvenir, il est primordial que le FMI incarne le premier rôle dans deux domaines : une surveillance forte et efficace afin de prévenir les crises et des prêts sensés aux pays dans le besoin, des prêts aux limites et à une conditionnalité appropriées.
Nous n’avons pas besoin de réinventer la roue ; nous devons juste poursuivre ce à quoi nous nous sommes engagés il y a dix ans. Régler les défis à court terme de la crise actuelle ne devrait pas nous éloigner des objectifs permettant d’éviter de futurs écroulements.
© Project Syndicate, 2009 — www.project-syndicate.org