Pouvoirs d'aujourd'hui
Pouvoirs d'aujourd'hui
Expertise finance Des spécialistes des “transactions & restructuring”- transfuges d’Ernest Young - portés par un souffle entrepreneurial. |
Sans doute l’un des spin-off les plus spectaculaires intervenus en cette fin d’année 2009 dans l’univers du conseil où les talents sont évidemment fortement personnalisés. Une bonne partie de l’équipe “transaction advisory” d’Ernst &Young - géant de l’audit - menée par son patron, Pascal Raidron, accompagné par quelques “poids lourds”, vient de lâcher la marque prestigieuse de cette big four pour créer la sienne, “Eight Advisory”, 8 associés et une trentaine de collaborateurs fédérés autour de quelques prestations ciblées : transactions et restructuring. Marchés d’ailleurs sinistrés avec le brutal ralentissement des M&A provoqué par la crise. L’entrepreneur sentait son activité quelque peu bridée au sein de la big four, dont il constituait pourtant l’un des relais de croissance. Cette spécialisation est ainsi de l’avis de Pascal Raidron l’une des causes à l’origine de la scission. “L’activité dominante et privilégiée – l’audit – provoquait structurellement des conflits d’intérêt avec notre activité et nous interdisait ainsi une part importante du marché, en raison d’arbitrages en notre défaveur. Ainsi le restructuring avait du mal à vivre, bridé dans son développement par l’importance des clients de l’audit. En outre, en interne, pour les gestions de carrière et de rémunération, tous les consultants – audit ou pas - sont systématiquement considérés et gérés de la même manière, leur évolution professionnelle aussi, alors que pour tous ceux qui, par leur métier, possèdent une forte expertise en restructuring ou transactions, les progressions doivent être beaucoup plus rapides. Un impératif, sinon ils s’en vont. Et il est impossible de les fidéliser. C’est le métier qui veut cela. Il est donc indispensable d’avoir beaucoup plus d’autonomie, ce que ne permet pas la structure.”
Les limites du partnership
Dans ces organisations calées sur les principes du partnership, il n’est pas aisé de développer une activité spécifique, surtout si ses performances dépassent le rythme de l’ensemble. Alors le souffle entrepreneurial a facilité cette multiplication cellulaire puisque, de son côté, Ernst & Young n’entend pas abandonner ce type d’activité. Sur 300 personnnes, il doit en rester 250 et 6 associés sont partis sur 18.
Déjà, ce nouvel acteur sur le marché des conseils d’évaluation aux banques et entreprises a pris quelque consistance grâce à plusieurs IBR (Independent Business Review) actuellement réalisées pour des banques, notamment britanniques, alors que cette jeune pousse était en compétition contre les big four. Ils vont le retrouver sur leur chemin puisque 15 autres missions ont été gagnées depuis le lancement de Eight Advisory, en restructuring, mais aussi sur des transactions (due diligence), en France comme à l’étranger. Les deux activités – transactions et restructuring – ont pour clients privilégiés la plupart des acteurs du private-equity. Parmi les originalités maison, ce mariage conjuguant des offres financières avec les offres opérationnelles permettant à des entrepreneurs d’améliorer leurs performances. Le “docteur” Pascal Raidron est disert sur sa médecine : “Nous intervenons pour comprendre les origines d’une crise de liquidité, déterminer les mesures d’urgence financières et opérationnelles à mettre en place. Nous explorons avec l’équipe dirigeante les voies possibles de retournement et/ou d’amélioration de la structure financière et l’assistons dans la phase de transformation de l’entreprise. Nous facilitons le retour de la confiance en l’assistant dans les discussions avec les tiers (affaires spéciales de banque, mandataires de justice, CIRI…) et en l’accompagnant dans l’ensemble des phases du plan de redressement.”
Premier actif immatériel, la réputation
Le bureau de Londres – incontournable - ouvre ce mois-ci à Berkeley Street, quelques jours avant celui de Lyon. Simultanément, Pascal Raidron aura signé entre décembre 2009 et février 2010 au fur et à mesure des préavis, 50 contrats avec “des collaborateurs arrivant d’horizons variés et installés sur 1400 m² de bureau, rue de Courcelles, triangle d’or oblige. L’ambition, vaste, n’est pas vraiment celle d’une modeste start-up, puisqu’en chiffre, elle prévoit 150 personnes recrutées et un investissement de 10 millions d’euros réalisé grâce à un tour de table d’une dizaine d’actionnaires de référence. Sur les exigences du recrutement, le cahier des charges est limpide : on veut surtout des gens qui jouent collectif mais soient aussi des entrepreneurs.” Et les investisseurs aiment les entrepreneurs.
L’entreprise est organisée en 2 structures : une société commerciale et une société d’expertise comptable dont les règles déontologiques sont spécifiques. “Dans le monde du conseil, la marque ne fait pas tout. Tout le monde se connaît, c’est une petite communauté dont chaque acteur connaît vraiment bien les expertises des autres. La réputation professionnelle est donc un actif immatériel de grand prix. Il est d’ailleurs plus facile de démarrer par ces temps difficiles et de se développer ensuite en des périodes plus fastes. Tout le monde nous connaît, nous travaillons essentiellement pour le compte de fonds acheteurs de prestations concernant les due diligences, mais aussi des conseils opérationnels pour d’éventuelles restructurations, cost cutting, mise en place de tableaux de bord, contrôle des risques procédures, BFR, évaluation des différents actifs, mise en place d’un management package. En outre, comme les grands groupes se restructurent, ils nous sollicitent pour pratiquer des détourages d’actifs afin de faciliter leurs cessions. Mais le marché sera encore difficile durant douze/dix-huit mois”, détaille cet Essec, commissaire aux comptes, expert-comptable de 49 ans passé par Arthur Andersen et la banque Indosuez avant de diriger l’activité Transaction Advisory Services chez Ernst & Young. Quelques “pointures” comme Eric Demuyt, 43 ans, Cédric Colaert, 45 ans, Justin Welstead, 41 ans, l’accompagnent dans cette aventure dont le business-plan a la rigueur d’une partition de Bach, sans improvisation : les bureaux de Francfort et New York devraient ouvrir dans quelques mois.
Patrick Arnoux