Politiques
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Entre les lignes par Henry Lauret Les 35 heures sont d’un autre siècle. Le drame, c’est que les milliards des 35 heures et de la RTT seraient tellement utiles aujourd’hui ! |
Avancée sociale majeure ou tragique erreur économique ? Alors que le pays branle sous les déficits, les dettes, le chômage et qu’il va falloir faire durablement avec une reprise langoureuse, il se trouve de beaux esprits pour polémiquer dans la dentelle sur les 35 heures. Dix ans de RTT, presque 200 milliards d’allègements de charges, entre 300 et 400 000 emplois créés en phase de croissance et trois salariés sur quatre qui se réjouissent, alors que ce sont principalement les cadres qui ont fait main basse sur la galette. La crise rendant désuètes les ex-certitudes de gauche et la droite sarkozyste ayant pratiquement fini de démonter l’usine à gaz, le débat sur les lois Jospin/Aubry perd beaucoup de son intérêt politique. Mais que d’énergie et de moyens gaspillés ! Combien de pertes de temps, désorganisation sociale, parfois lourde de conséquences, comme à l’hôpital public (!), juridisme, stress, déresponsabilisation quand ce n’est pas démotivation des salariés ! Renégocier par entreprises ? Par branches ? Ou les deux ? Ce détail qui n’en est pas un n’est pas tranché ! La théorie à l’appui de la réduction du temps de travail s’inscrivait dans une logique, peu discutable, d’amélioration historique de la productivité. Appliquée de manière uniforme au nom du sacro-saint principe de l’égalitarisme, l’idéologie est aussitôt devenue source de conflit et de handicaps. Stress et productivité au travail. Le comble d’un texte qui porte une si forte ambition sociale n’est-il pas d’avoir servi au Medef d’infaillible instrument de maîtrise salariale ? Toute polémique bue, le génie français qui jette les 35 heures à la face du monde ne cesse d’intriguer. Unique au monde, seul dans son monde, il serait, dit-on chez les psys, l’expression ultime d’un peuple qui s’estime encore prospère, toujours intellectuellement dominant, “vaguement dépressif et en tout cas héritier d’une obligation universelle”. Et quoi d’autre, Dr Freud ?
Revenons à nos moutons. Répartir autoritairement le travail pour accroître, au nom du principe de solidarité, le nombre des travailleurs et renforcer le pacte républicain : si la RTT était une trouvaille, alors il aurait déjà fallu l’exporter au plus vite dans la quasi-totalité de ces économies “riches” désormais accablées par plus de 30 millions de demandeurs d’emplois. Tous les champignons sont comestibles. Certains, une seule fois seulement. Dans son dernier opus de librairie, un Lionel Jospin détaché, pudique et honnête choisit, signe des temps, de ne pas s’étendre sur les 35 heures qui, à moins d’un séisme, participeront un jour de l’histoire politique. Martine Aubry soi-même, qui, rose au poing, avait porté la réforme sur les fronts baptismaux bien qu’elle n’en fût ni l’inventeur ni l’avocat – l’idée venait de DSK -, donne dans le prudent et modéré. La première secrétaire, c’est plus clair jour après jour, a de moins en moins de raisons de ne pas jouer sa carte personnelle dans la course à l’Elysée 2012. Aubry, die französiche Merkel ? Cela en prend le chemin. Et, pour celle que patrons et droite, unis, appelaient “tendrement” la dame des 35 heures, voilà une raison supplémentaire pour n’en point rajouter.
Où placer le curseur de l’action publique ?
Les flammes de l’enfer, comme l’esprit des réformes, sont souvent pavées de bonnes intentions et la crise, elle, a fait la preuve qu’une déficience du contrôle et de la régulation politiques était potentiellement mortelle. Où placer le curseur de l’action publique ? C’est précisément l’art du politique que de viser au plus juste. Savoir, au-delà des chiffres, évaluer les éléments de trace dans les esprits. Qui peut jurer que ce n’est pas dans les têtes que les 35 heures auront finalement causé le plus de dégâts ? Au sortir de la crise, la France désargentée devra financer comme tout le monde un nouveau plan de relance. A ce jour, elle peut déplorer d’avoir subventionné à perte la réduction du temps de travail avec ce même opportunisme qu’elle affiche en soutenant, sans critique cette fois, ses constructeurs automobiles en panne de commandes. La RTT continuera de coûter très cher au contribuable alors même que près d’un million de chômeurs arrivent prochainement en fin de droits et que la perfusion automobile sera logiquement et progressivement débranchée comme il se doit. Ubuesque et à méditer sans modération.La taxe carbone, qui ne plaît pas aux Français, est de celle qui a aussi vocation à perdurer, et probablement à croître et embellir. Une fois n’est pas coutume, cet animal vert n’est pas une invention française et son principe n’est pas à jeter. Pour autant, le méchant croche-patte du Conseil constitutionnel au projet initial fait plus qu’inquiéter les industriels qui comprennent qu’ils paieront peut-être les pots cassés. Après le cuisant échec de Copenhague, les entreprises de France et d’Europe ont une certitude, c’est qu’elles continueront d’être pénalisées face a des rivales américaines qui, elles, ne payent pas pour leurs émissions. Les emplois en Amérique et en Chine, le chômage en France, résume férocement Nicolas Baverez ! “Les troisièmes années de crise sont les plus difficiles à gérer”, avertit Denis Kessler ! La première année, on est pris par surprise. La deuxième, on prend des mesures d’urgence ; la troisième devient très dure. “Les acteurs économiques sont fatigués, les tensions sociales s’aiguisent et le populisme guette.”
Sarkozy qui donne la fessée à Renault est-il populiste ?
Il n’est sûrement pas anormal que l’Etat regarde l’automobile après avoir fait la trésorerie des constructeurs (6 milliards de prêts à 6 %), payé les primes à la casse, financé le fonds de modernisation des équipementiers et apporté garanties de rémunération pour le chômage partiel. Malgré la mobilisation, le solde de la branche s’est dégradé (- 6,7 milliards) l’an dernier mais la paroisse n’a rien à se reprocher car elle ne pouvait difficilement faire plus ! Cela justifie-t-il de stigmatiser le citoyen Renault en chaire publique ? Voyons les chiffres. Avant toute alliance stratégique avec Mitsubishi, Peugeot produit encore à 47,7 % sur territoire national. Renault seulement 25 %, mais 45 % de ses effectifs sont français. 55 % de la valeur ajoutée et 86 % de l’ingénierie. De fait, les voitures à faible coût telles la Logan (première vente en 2009), la Twingo, comme les 107/C 1 de PSA ne seraient pas compétitives si elles n’étaient assemblées en Roumanie, Slovénie, Turquie ou Tchéquie. Le prix du travail étant ce qu’il est, le handicap français se monte à 1 400 euros pour un véhicule à 14 000 euros. En conséquence, la quatrième version de la Clio sera bien produite dans l’excellente usine turque de Bursa et, partiellement, à Flins. Carlos Ghosn renouvelle ainsi une promesse antérieure. Quant à l’Etat actionnaire, il s’octroie un siège au comité stratégique du groupe créé pour la circonstance. Bilan : beaucoup de mousse électorale. Et contorsions en tous genres.
Les hommes de l’Etat chez Areva ont-ils permis d’éviter les plus cuisants échecs de la diplomatie nucléaire nationale ? Ou, ce qui doit être plus dans leurs cordes, ont-ils assez alerté sur la guéguerre picrocholine avec l’électricien public EDF, sur fond de rancœurs individuelles ? Il se trouve aussi que président de la République, qui fait la leçon à Renault, est le même qui incite Dassault à délocaliser production et haute technologie au Brésil pour se donner une chance d’y vendre l’excellent Rafale dont nul ne veut. Pousse Airbus à transférer en Chine les usines d’assemblages en garantie des promesses d’achats par Pékin. C’est encore le même président qui expliquait chez Thales – à raison – que la délocalisation pouvait s’avérer un mal nécessaire. On ne regrettera pas que l’emploi à Sochaux, Aulnay, Rennes, Sandouville, Flins, Trémery et autres Valenciennes soucie le pouvoir. Au contraire. Alors quelle doctrine ? Celle qui transpire de l’épisode Clio 4 ? Dommage, car l’exécutif a montré qu’il était capable d’une très bonne gestion de la crise de la banque/finance et supprime en outre la taxe professionnelle. Dans l’auto, il finance l’émergence d’une filière nationale. L’automobile électrique, prochain pôle d’excellence ? Ce ne serait pas du luxe quand le nucléaire clignote, qu’Airbus redresse à peine le nez et que le TGV patine. Le tandem Ghosn/Pélata joue très gros avec la future Zoé ZE électrique qui sera produite à… Flins. A l’horizon 2012. C’est dire qu’un bon cierge vaudra mieux que tout sermon électoral.