Politiques
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Vent porteur, par Sylvie Pierre-Brossolette Il fait tous les jours un peu plus figure de recours au cas – encore improbable mais plus impossible – où Nicolas Sarkozy ne se représenterait pas. |
Quelles que soient les qualités de rebond de Nicolas Sarkozy, qui semble avoir réussi sa dernière émission de télévision, c’est un autre personnage qui marque doucement mais sûrement des points : François Fillon. Qui l’eût dit il y a seulement un an ? Sous le feu des critiques du chef de l’Etat, qui ne se gênait pas pour se plaindre en privé de son manque d’implication dans les affaires gouvernementales, il souffrait en silence, serrant les dents, persuadé que sa tactique du gros dos finirait par porter ses fruits. On y est. La cote du Premier ministre est constamment au-dessus de celle du président et l’écart a tendance à croître. Il est choyé par le groupe des députés UMP qui lui réserve toujours le meilleur accueil à l’Assemblée, en séance comme lors des réunions de groupe, réservant l’expression de leur mauvaise humeur à l’hôte de l’Elysée. Il fait tous les jours un peu plus figure de recours au cas – encore improbable mais plus impossible – où Nicolas Sarkozy ne se représenterait pas. Et il n’est plus question de le congédier à court terme, même si les régionales sont un désastre pour la droite. François Fillon, pourtant, n’a cultivé ni réseaux ni clubs de fans. Il n’a jamais avoué d’ambition suprême. Il ne peut être pris en faute sur rien question loyauté. Il dure et endure de manière impeccable, se forgeant peu à peu une stature d’homme d’Etat responsable, réformateur et soucieux des deniers publics. Sa réaction extrêmement émue au moment de la disparition de Philippe Séguin a rappelé qu’il se situait dans sa filiation gaulliste. Il a meilleur caractère que ne l’avait feu le premier président de la Cour des comptes. Il a sans doute la fibre un peu moins sociale et un peu plus européenne que lui. N’empêche : ce parrainage posthume ne peut qu’améliorer encore son image chez des Français nostalgiques d’un temps où certains hommes politiques sortaient de l’ordinaire. Certes, tous ces atouts ne le mèneront peut-être à aucun destin particulier. Il n’est pas du genre à s’emparer du pouvoir lorsqu’il est à portée de main, ni à créer les conditions d’un putsch, même démocratique. Son côté policé peut cependant le servir auprès de citoyens lassés par l’énergie un peu envahissante du chef de l’Etat. Il rassure là où Sarkozy inquiète, il apaise là ou le Président met de l’huile sur le feu, il ne commet que des “gaffes” calculées, qui lui confèrent ce qu’il faut d’orthodoxie pour être respecté par ses pairs. Bref, il a beaucoup pour lui. Reste l’envie. L’a-t-il chevillée au corps ? Rien n’est moins sûr. C’est pourtant la condition numéro 1 pour transformer un joli parcours en succès au plus haut niveau. A lui d’attraper le virus…