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Christian Fechner Roi des affaires, maître des illusions Le magicien sest métamorphosé en artiste, puis en producteur. Intuitif, éclectique, impulsif et opiniâtre, il simpose par ses choix atypiques. Omnipotent et omniprésent, il américanise le rôle du producteur français. De la comédie grand public au film intimiste, le créateur souhaiterait masquer lhomme daffaires au sens marketing aiguisé. Portrait dun drôle de saltimbanque devenu un sérieux gestionnaire. Chaque semaine, Le nouvel Economiste révèle un tempérament à «LHôtel», rue des Beaux-Arts. Paris VIe. Rencontre avec un passionné de magie, producteur de succès au box-office français. Par Gaël Tchakaloff |
| De Camille Claudel à Chouchou, des Spécialistes à Elisa, Papy fait de la résistance ou, plus récemment, Les Enfants du marais
Léclectisme est le maître mot de Christian Fechner. Il ne souhaite pas senfermer dans les genres ou les codes. Des succès, il en a connu. De vraies déconfitures aussi. Simplement parce quil livre le cinéma quil aime, celui quil irait voir sil était spectateur. Producteur, il est reconnu comme un formidable monteur daffaires. Artiste, il va vers les comédiens et les histoires qui le font vibrer. Passionné, dévoreur de vie, perfectionniste, il fait tout à outrance. Champion du monde de magie depuis 15 ans, il excelle dans lart du miracle apparent. Lombre de Georges Méliès nest pas loin
Une chance sur deux « La chance est indispensable dans nimporte quelle carrière. Mais si on ne la cherche pas tous les jours, elle narrive jamais. » Depuis lenfance, Christian Fechner sait ce quil aime. Très vite, il a provoqué la chance. De son père autrichien, prix de Rome de peinture et professeur de dessin à Agen, il a hérité une âme artistique. Lorsque celui-ci lemmène dans les cours dart dramatique quil a créés, lenfant est fasciné par lunivers mystérieux et privilégié des coulisses. Sa mère, infirmière protestante dorigine lyonnaise, lui transmet la droiture, la détermination et les valeurs humaines. A huit ans, premier coup de cur pour la magie devant un numéro dillusionniste. Au moment où ses copains veulent devenir aviateurs ou pompiers, il rêve dêtre magicien. Musicien des années yé-yé, il se tourne vers le rockn roll à ladolescence et abandonne, provisoirement, sa passion originelle. Après de courtes études de droit à Toulouse, il envoie une lettre à la maison de production Vogue, à Paris. Lambitieux, porté par une confiance juvénile, a des idées sur la manière de produire les artistes. Il se sent capable de révéler de jeunes talents. Vogue lembauche sur le champ comme directeur artistique. Son objectif : trouver un Bob Dylan à la française. Il en parle autour de lui. Un jour, un étudiant ébouriffé entre dans son bureau : « Il paraît que vous me cherchez ». Il sappelle Antoine. Trois mois après, il passe en vedette à lOlympia. Son groupe, Les Problèmes, deviendra Les Charlots. Ses disques seront des succès. Avec Christian Fechner et son frère, ils forment un clan damis. Ensemble, ils rient des mêmes blagues potaches. Le producteur ne fait que ce quil aime avec les gens quil aime. Il a la fibre familiale, au sens large : sa femme, ses enfants sa fille aînée travaille avec lui , ses amis et sa famille professionnelle. Pour se rapprocher de Gérard Lanvin, son « pote » de toujours, il a acheté un château dans le bordelais. A Paris, ils vivent lun à côté de lautre. Par tempérament, il est fait pour ce métier, reposant sur le relationnel et lémotionnel. Entier, possessif, attachant, parfois agaçant, il affirme « adorer travailler avec les mêmes personnes ». Marche à lombre « Je nai jamais eu envie dêtre sur scène. Moi, je suis bon pour les autres. Je sais amener quelquun en haut. » Pudique, réservé, Christian Fechner exerce le même métier quel que soit le secteur dactivité : « Je fais des costumes sur mesure pour les gens dont je moccupe ». Respectueux des personnalités, il refuse la fabrication ou le façonnage : « Lorsque les êtres ont du talent, je leur fais juste gagner du temps en appuyant sur le bon bouton ». Les Charlots peuvent le remercier. Après leurs succès musicaux, Fechner les projette sur grand écran et devient leur producteur. « Produire des films était un fantasme inaccessible. Pour moi, les producteurs étaient des gens qui avaient de gros carnets de chèques. » Il nhésite pas, depuis, lorsquon lui demande combien il gagne, à simplement répondre : « Beaucoup » En 1969, premier film, premier succès avec La Grande Java. Lassistant réalisateur de cette uvre signe la seconde, lannée suivante : Les Bidasses en folie. Il sappelle Claude Zidi. Ensemble, ils accumuleront les entrées en salles et les billets verts : LAile ou la cuisse, LAnimal, La Zizanie Assailli par les critiques, il refuse de devenir cynique : « Quand on a du succès en faisant des films populaires, on vous fusille si vous adorez les faire. On vous vénère si vous les considérez avec distance en vous présentant comme un as du marketing ». Pourtant, sil est dabord un artiste, Christian Fechner est aussi un magicien du mix-marketing. Là, réside le paradoxe. Le sujet sur lequel lhomme se renie. Lartiste producteur refuse le marketing alors quil lincarne. Néanmoins, il sait fabriquer de bons produits, même dans un cinéma plus sélectif (Camille Claudel, Les Amants du Pont-Neuf). Aujourdhui, il véhicule limage dun producteur atypique dans son comportement et dans ses choix. En simpliquant en amont et en aval de la fabrication des films, en assistant systématiquement au tournage et au montage, il a participé à laméricanisation du rôle des producteurs français : « Le système a fabriqué des générations de metteurs en scène mégalomanes ». Guidé par le « coup de foudre », il revendique léclectisme de ses choix : « Je naime pas manger la même chose au déjeuner et au dîner ». Pour se relever de ses échecs, il sappuie sur la confiance des autres : « Jai une forme de crédit ». Fidèle, exigeant, sûr de lui, il croit à la parole et à lamitié. Sa morale est celle des westerns : « Cest toujours le bon qui gagne. Il na pas le droit de dégainer en premier, mais après, il peut se conduire de manière infâme ». Lhomme sest livré à corps perdu dans chacun de ses métiers, dans chacune de ses passions. Drogué de cinéma « ma vie serait complètement vide sans cela » , il prolonge son désir dimaginaire dans lart de la magie. Un amour de sorcier « En 1977, jai soudainement réalisé que javais inconsciemment enfoui mon goût pour la magie. » En fêtant son anniversaire sur le tournage de LAnimal, léquipe lui offre des livres anciens de magie et fait resurgir sa passion denfance. Ce quil aime, ce ne sont pas les tours de magie eux-mêmes, mais la philosophie des grands magiciens : « Lart suprême du magicien, cest le détournement de lattention ». Il se replonge alors dans cet univers, convaincu que la magie a sa place dans le monde moderne. A lui de dépoussiérer limage des magiciens, stars du XIXe siècle et pingouins de cabarets du XXe siècle. Il rencontre les magiciens et leur expose sa vision contemporaine, dépouillée. Faute dêtre écouté, il fait lui-même la démonstration de ses idées en créant un numéro résolument futuriste. En 1979, il rafle les premiers prix en invention et en grande illusion aux championnats du monde de magie. Lhomme de lombre ne souhaite pas se fabriquer un métier mais redorer celui des autres. Il part pour Las Vegas, entame une longue collaboration avec Siegfried et Roy, les maîtres de la magie, et découvre un jeune magicien, encore inconnu du grand public. Son nom ? David Copperfield. « Je nai aucune responsabilité dans sa carrière, mais je lai aidé », reconnaît-il. Ils imaginent ensemble le premier show télévisé du magicien américain. Jean, blouson, effets spéciaux Le producteur transforme le magicien en rock star. Il ouvre ainsi la magie au jeune public. Ancré dans la réalité par nécessité, Christian Fechner réalise peu à peu lensemble de ses rêves. De limage caricaturale du producteur, il na gardé que le cigare Quil nallume plus depuis près de 20 ans : après un pacte passé avec Dieu, il sest engagé à arrêter ce quil préférait le plus au monde si sa fille malade guérissait. Depuis, il mordille chaque jour ses cigares et les coupe, sans les fumer. |
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| Signes |
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| Son maître Robert Houdin : « une folie artistique totale, un gestionnaire parfait ». Ses dates |
Ses livres Les Contes des mille et une nuits. Le Grand Meaulne, dAlain Fournier. Les Mémoires de Robert Houdin. Le Lama aux cinq sagesses, dAlexandra David-Neel. Son signe zodiacal |
| Le nouvel Economiste - n°1234 - Du 31 octobre au 6 novembre 2003 | |