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Robin Leproux Le chant du businessman Il aurait pu être un artiste. Né dans une boîte de nuit, linstinctif demeure guidé par lesprit créatif. Il aurait dû épouser le marketing. Passé dans la lessiveuse proctérienne, lintroverti a hérité dune raison normative. Rencontre avec un développeur de médias peu médiatisé, devenu le président du directoire de RTL. Chaque semaine, Le nouvel Economiste révèle un tempérament à «LHôtel», rue des Beaux-Arts. Paris VIe. Portrait dun enfant de la balle transformé en chef dorchestre des radios. Par Gaël Tchakaloff |
| RTL est un cas décole. Je ne connais aucun média dans un pays occidental développé qui ait perdu 40 % de son audience en cinq mois. » Lorsque Robin Leproux prend la direction du pôle radio français de RTL Group en janvier 2001 (RTL, RTL2, Fun Radio, IP), la santé de la généraliste est inquiétante. Tombé sept fois, relevé huit, Philippe Labro a renoncé à la direction de RTL. Stéphane Duhamel décide de faire du jeunisme, supprimant au passage les rendez-vous identifiants de lantenne. Résultat : RTL perd 2 millions dauditeurs en quelques mois. Il faudra deux ans à Robin Leproux pour remonter la pente. Redressant laudience de RTL (12,4 % en janvier 2004) et améliorant fortement la croissance du résultat brut dexploitation du pôle radio (42 millions deuros en 2003 contre 21 millions en 2001). « Qui perd gagne » nest pas son passe-temps favori, mais le Robin est très joueur. Bridge, tennis, football et jeux vidéo à la pelle. « Son succès, cest ce qui fait sa caractéristique : il ny a pas dopposition entre marketing et contenu. Il est dans une posture de compréhension du destinataire final », affirme Fabien Baunay, ancien président de M6 Thématiques, qui a aujourdhui fondé une agence de communication. Tout pour la musique « Je suis né dans une boîte de nuit. Quand jétais petit, Johnny me faisait sauter sur ses genoux et machetait des soldats en plastique. » Ses parents ont créé et dirigé pendant 27 ans le Golf Drouot. Un temple du rock, qui vit défiler la plupart des artistes français : dEddie Mitchell à Ange, de Goldman à Balavoine en passant par Frankie Jordan et Les Chaussettes Noires. Sa mère à la caisse, son père, barman. En 1955, bien que seulement salariés, ils décident de transformer léchec du golf miniature en succès musical. On passe du rock, on danse. Lenfant unique parle lespagnol avant le français. Il est élevé par une nounou, ses parents rentrent tous les matins à 6 h 00. En grandissant, il apprend la solitude. Il a gardé lintériorisation, la distance, la pudeur. La méfiance aussi. Il peut manquer de chaleur et de spontanéité lorsquil nest pas domestiqué. Sa vie, cest une cité du 11e arrondissement, puis la Porte dAsnières et le lycée Honoré de Balzac. Sa passion, cest la musique. Loin des paillettes artistiques quil croise tous les jours, il rêve de création. « La création dun artiste, quil sagisse dun auteur-compositeur ou dun interprète, cest ce qui me fait vibrer, ce qui me donne des émotions. » Sur les conseils paternels, il soriente dabord vers le commerce : « Après mon bac, jai fait lécole de commerce que je méritais. Je navais pas le niveau dun HEC ou dun polytechnicien, jai choisi Sup de co Reims. » Grand bien lui fasse. Fils de commerçants, il a la vente dans le sang. Bercé au son du rock, il a la musique dans la peau. Il transformera sa dualité en force professionnelle. Son ambivalence en particularisme. « Je ne suis pas un pur artistique, je suis un dévoreur de contenus. Jai une sensibilité artistique parce que je me suis toujours nourri de musique. En même temps, je construis des modèles économiques. Cette dualité constitue ma spécificité professionnelle. Il y a peu de gens qui ont cet humus de connaissances du milieu artistique dans le type de responsabilités que jexerce. » Plus blanc que blanc Deux ans chez Procter. Pour Robin, cest à la fois la raison et la déraison. Il apprend la structure, le marketing, la capacité de travail. Il garde les manies normatives, lexigence, lintelligence du produit. Il goûte à la liberté, orchestre une vie de démesure : aussi déréglée hier quelle est réglée aujourdhui. Lionel Aboudaram, vice-président exécutif de TBWA France et proctérien de lépoque, relate ses virées avec euphorie : « Nous avions deux rendez-vous par jour durant lesquels nos patrons pouvaient intervenir, le matin et en fin daprès-midi. Robin allait se coucher après le premier rendez-vous, puis faisait un flipper, déjeunait au Pacific Palissade avant daller au second rendez-vous. Ensuite, il retournait se coucher et partait aux Bains-Douches jusquà laube. Le matin, il écumait les pharmacies du quartier pour trouver des solutions à son mal de tête. » Tout cela, cest fini. Depuis quil a retrouvé la femme dont il était tombé amoureux en sixième. En 1985, il lépouse. Se retrouve père de deux enfants dans la foulée. Difficile de croire à la débauche lorsque lhomme décrit son rythme actuel : au bureau de 7 h 30 à 19 h 45, couché avant minuit après une soirée nécessairement en famille, à la maison. Il met un point dhonneur à refuser les dîners en ville. Dailleurs, il ne dîne pas : « Le soir, je ne mange pas. Jaime beaucoup le chocolat. Jen avale deux tablettes par jour. Cela demande de lentraînement. » Atteint par lexcès de sérénité et dorganisation, il se consacre entièrement à sa famille : « La famille est la priorité dans ma structure de vie. Je nai jamais manqué un spectacle de danse ou une kermesse. » Famille, loyauté, fidélité. Trois vecteurs dépanouissement pour lui, trois vecteurs dennui pour dautres. Sa fantaisie, il la glane dans les jeux vidéo, sa passion : « Jai toujours beaucoup joué. Je joue à tout. Ce qui me plaît dans le jeu, cest quil y a des règles. Cest rassurant et reposant, cela impose une honnêteté. Cest un univers dont les tricheurs sont exclus. » Il joue en ligne, plusieurs soirs par semaine. Il y a dix ans, il ne connaissait rien à linformatique. Il sy est plongé totalement, comme il fait avec le reste. Il gère sa vie de manière extrême. Il va au bout des choses, jusquà frôler la maniaquerie. Le bout des choses arrive très vite chez les lessiviers : « Après deux ans chez Procter, javais la tête qui commençait à prendre la forme dun baril de lessive. Jai démissionné. » Opération coup de poing Il a longtemps attendu la musique. Pourtant, il ny est pas resté. En 1985, il demande un poste au PDG de Polygram, Alain Levy. Celui-ci lui confie la création de Polygram projets spéciaux, puis la direction générale de Polygram Music. A lui la musique de spots publicitaires, la vente de disques par correspondance et le développement dune start-up avant lheure. Repéré par M6, il est appelé un dimanche après-midi par Nicolas de Tavernost. La chaîne entame sa politique de diversification. Il va faire en télévision ce quil a déjà fait dans la musique. Banco. Robin Leproux développe une véritable vache à lait en termes dimage et de résultats financiers : M6 Interaction. La marque M6 est désormais associée à lédition musicale, à la vidéo, aux produits dérivés, télématiques et au téléachat. Homme de développement et de contenus, il deviendra vice-président du directoire du groupe M6 et accompagnera léclosion des chaînes thématiques (Téva, Série Club, M6 Music, TF6 ). Remportant ainsi les palmes de la rentabilité et les félicitations dun patron peu habitué à la concurrence des jeunes loups : « Robin Leproux est méticuleux, calme et ordonné. Il allie à ses qualités un solide sens de limagination. Il est relativement créatif, plus à laise dans la musique que dans linformation », souligne Nicolas de Tavernost. Pourtant, son arrivée à RTL na fait que redorer le blason du pôle radio de Bertelsman. Il exclut le jeunisme mais travaille la modernité de la radio. « RTL doit être la station la plus crédible en matière dinformation. Elle a retrouvé un niveau de résultat économique similaire à celui qui précédait la crise sans avoir mis en place le moindre plan social », nhésite-t-il pas à marteler. Son objectif est essentiellement éditorial : installer, chaque année, un nouveau rendez-vous. Doucement, mais sûrement, il impose sa marque à lentreprise. Interventionniste, perfectionniste, il passe pour être extrêmement dur en affaires : « Il est opiniâtre, il ne lâche jamais », insiste Pascal Nègre, président dUniversal Music France. Il a appliqué la tactique des jeux vidéo : il joue, se fait tuer, revient, repère les pièges, recommence, puis passe à la phase supérieure. Jusquoù ira-t-il ? « Jai envie de continuer à vivre des challenges. Je ne suis ni un homme de pouvoir ni un homme dargent. Ma vie est construite autour de ma famille. Je suis un homme libre, mais 100 % engagé et 100 % stable. » Trop beau pour être vrai ? |
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| Signes |
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| Sa manie Le rangement. Son bureau est totalement vide. Son lieu Ses musiques |
Ses dates - Septembre 1985, retrouve sa femme. - Juillet 1992, arrivée à M6. - Janvier 2001, arrive à RTL. Le même jour que Laurent Gerra. Son signe |
| Le nouvel Economiste - n°1265 - Du 25 juin au 1er juillet 2004 - Photo : Marc Bertrand - Toute reproduction interdite | |