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Henri de Bodinat Conseil du troisième type Au secours ! Le professeur Nimbus est de retour. Méfiance. Sa décontraction juvénile masque son obsession théorisante. Applaudissements. Ce capteur de tendances impose la mode des concepts. Surprise. Léditeur musical se déguise en technocrate. Débusqué, le cerveau créatif du cabinet Arthur D. Little livre une consultation iconoclaste. Chaque semaine, Le nouvel Economiste révèle un tempérament à «LHôtel», rue des Beaux-Arts. Paris VIe. Portrait dun manager juvénile devenu un stratège professoral. Par Gaël Tchakaloff |
| mourir de rire. Il se pique, se gausse, ségosille, sengouffre passionnément dans les sujets quil défend, séprend excessivement des talents qui lentourent. Henri de Bodinat est un animateur né. Son humour corrosif doublé de sa personnalité extravagante défrayent le microcosme parisien. Il fédère ses collaborateurs, attache ses amis, transforme ses relations professionnelles en connivences personnelles. Son plaisir conceptuel est celui dun joueur. Il aime convaincre. Il croit à ce quil dit. Il incarne ses activités sur le mode fusionnel. Heureusement, car il a souvent changé de métier, de secteur et denvironnement. Publicité, presse, radio, musique, conseil et management
Monsieur se disperse. Monsieur se lasse. Monsieur lasse parfois les autres. Monsieur nest pas docile. Son personnage nentre dans aucun cadre. Son talent sarrache ou dérange. Il na pas peur des mots. Il ne connaît pas les structures. Il dit ce quil pense. Alors, de Saatchi à Sony, dActuel au Club Méditerranée, son profil créatif traverse les entreprises, mais ne sadapte pas à léchelle dascension croissante des grands groupes. Son imagination sérode, sa liberté effraie. Il était une fois un homme structurellement fidèle, volage par amusement. Le jeu des antipodes « La France est un pays où tout est cadré. Quand on commence à être atypique, on le reste jusquau bout. » Banco. Mais rien ne le prédestinait au non-conformisme. Chez lui, lacquis a résolument dominé linné. Un père secrétaire général de lassociation dentraide de la noblesse française, cela ne sinvente pas. Une famille mêlant grande bourgeoisie et petite noblesse, une enfance au Havre, un premier il ouvert à lhôpital américain, voilà qui aurait dû formater un esprit dans les normes. Eh bien non. Alors il se raccroche aux vagues points différentiels de son histoire : sa maternelle à la Martinique, son bac à quinze ans. Cest maigre. Et cela nexplique en rien ses premières décisions. En sortant dHEC, il refuse une offre, pourtant attractive, dUnilever. Deux ans plus tard, alors quil est à Sciences-Po, il démissionne de lENA, où il vient dêtre admis. Toujours à contre-courant, il justifie linsolence : « Javais envie dêtre intellectuellement challengé, je savais bien que lENA ne répondrait pas à cette nécessité. La préparation du concours reposait sur du par cur, avec un peu demballage formel. Aujourdhui, on voit bien ce que cela produit : des gens intelligents qui répètent des choses et les mettent en forme, mais sont incapables de réfléchir sur le fond. » Il part faire un doctorat à Harvard et une thèse sur les firmes internationales. Professeur à HEC, il entre chez Arthur D. Little dès son retour en France. Et entame un chemin professionnel éclectique. Car ses choix répondent toujours à des challenges personnels davantage quà un plan de carrière. Directeur général de Saatchi & Saatchi France, il rencontre Jean-François Bizot et lance Actuel, puis Radio Nova à ses côtés. Mais léquipe ne fait pas bon ménage : « Le contenu rédactionnel du journal manquait de courage et je ne partageais pas les options de Jean-François Bizot sur la gestion de la société. » Sil élargit son métier de conseil avec Didier Colmet-Dâage, il ne trouve pas la satisfaction intellectuelle attendue : « La publicité reposait sur beaucoup dimposture. Cela a bien fonctionné, mais on revient désormais à une prestation de service plus sérieuse. » Henri de Bodinat ne tient pas en place. Il écoute sa curiosité. Fidèle à ses envies, infidèle à son métier. Tout pour la musique Il ne sait pas jouer du piano debout, ni danser sur des rythmes fous. Il a été élevé dans un bain de littérature et dhistoire, mais côté musique, rien. Le néant. Lorsque Jorgen Larsen lui propose la présidence de CBS France, ses lacunes ne le dérangent pas. Il devient manager. Au bon moment. Le secteur explose dans les années 80-90. Il va presque doubler la part de marché de la société en France, générant un profit de 300 millions de francs et un chiffre daffaires d1,8 milliard de francs, lorsquil part, en 1994, contre 300 millions de francs à son arrivée, en 1985. Devenu PDG de Sony Music France puis vice-président exécutif de Sony Software, Henri de Bodinat na pourtant rien perdu de sa verve. Peut-être seulement un peu denthousiasme. Il est orgueilleux, lartiste. Alors il plaque tout lorsquun patron docile est nommé à la tête du pôle Europe, quil convoitait lui-même. Il retrouvera la musique par le biais de lentreprise individuelle. En rachetant en LBO deux sociétés musicales, il crée Musisoft en 1998, une maison de disque indépendante. Le projet est pourtant voué à léchec. Les stocks ont été surévalués, les banques retirent leur concours. Henri de Bodinat passe la main et perd ses fonds propres. Depuis, il a troqué lambition financière contre la réalisation low-cost de ses passions. Il sest mué en artisan de la musique sur les niches world et techno, en adoptant un modèle économique à coûts réduits. Deux associés et une unique employée pour sa récente société de production et dédition musicale, Frochot Music, qui abrite le label Cantos. Le succès à la clef. Henri de Bodinat est un dénicheur de talents, « un spécialiste de culture urbaine, qui anticipe les phénomènes de mode », selon Nicolas de Tavernost. Il a édité le single et lalbum de Magic System intitulé Premier Gaou, respectivement vendus à 300 000 et 150 000 exemplaires Avec une avance aux auteurs-compositeurs de 8 000 euros. Il vient également de signer la sous-édition pour la France de 300 000 titres de musique indienne, pour 20 000 euros ! En tant que producteur, il prépare notamment la sortie dun album dinédits de Salif Keita ainsi que des compilations de blues africain et de rumba. « Ma société ne peut pas perdre dargent », affirme-t-il, sourire aux lèvres. « Il a la faculté davoir une vision du tableau général. Il est fin, intelligent, décontracté et plein de bon sens. Il voit tout de suite la relation dun fait à un autre », reconnaît un proche qui connaît la musique. Son nom : Jean-Paul Baudecroux. La tête dans les nuages Elle est belle, licône. Mais parfois un peu loin des réalités. Parce quil aime conceptualiser à lextrême, Henri de Bodinat est retourné au métier de conseil. RTL Group, SNCF, SFR, NRJ, 9 Telecom Quil sagisse dune stratégie globale ou du développement dune nouvelle activité, le « Senior advisor » dArthur D. Little ne porte plus le poids de lentreprise, se contentant de conseiller ceux qui la dirigent. Il a longtemps subi les visions stratégiques différentes de la sienne. Il a lui-même commis des erreurs entrepreneuriales. Il se souvient des difficultés qui lont opposé à Philippe Bourguignon, lorsquil était directeur général du Club Méditerranée : « Le problème de la société reposait essentiellement sur la remise à niveau du produit. Il fallait le mettre en phase avec le marché. Philippe Bourguignon a transformé la marque en ombrelle multi-produits, alors quil aurait dû faire linverse. » Désormais, il peut proposer ses méthodes et sa stratégie. Ses clients sont libres de leurs décisions. Son intérêt pour les théories économiques ou marketing peut parfois lui jouer des tours. Lhomme paraît plus sensible aux systèmes de réflexion quà la réalité opérationnelle. Il rejette pourtant cette approche : « On ne va pas dans le métier de conseil pour faire fortune, mais parce que cest enrichissant intellectuellement. Je suis un extra-terrestre, je peux faire peur, mais la créativité et lanticonformisme ont une valeur pour lentreprise et nempêchent pas lintégration. Ce qui mintéresse, ce nest pas la spéculation intellectuelle pure mais bien de faire le pont entre la réflexion et laction. » Ignacio Garcia Alves, à lorigine de son recrutement chez Arthur D. Little, confirme la réalité de ses compétences : « Henri de Bodinat est un joueur, un fin négociateur, un anti-conformiste sage. Il a un profil créatif, mais il accepte les règles du jeu. Il respecte lentreprise plus quil ne sy adapte. » Vive la démocratie. |
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| Signes |
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| Sa passion Léquitation. Ses lieux Ses dates |
Ses maîtres James Ellroy, William Shakespeare, François Villon, Friedrich Nietzsche, Bill Clinton, Tony Blair. Sa rémunération annuelle Son signe zodiacal |
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