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Pierre Lellouche Le cuirassé UMP Déraciné de sa Tunisie natale, lenfant de la République distille sa chaleur méditerranéenne. Lambitieux député, devenu secrétaire général adjoint de lUMP en charge des études, récolte les moissons dun tempérament de feu. Président de lAssemblée parlementaire de lOtan, il demeure écarté des rangs du pouvoir hexagonal. Leçon dorgueil. Chaque semaine, Le nouvel Economiste révèle un tempérament à «LHôtel», rue des Beaux-Arts. Paris VIe. Rencontre avec un angoissé de la guerre mué en guerrier politique exilé. Par Gaël Tchakaloff |
| Il a tout fait, tout vu, tout vécu. « Je suis couturé de partout », lance la victime médiatisée. Avocat, éditorialiste, spécialiste de géopolitique devenu homme politique sur le tard, Pierre Lellouche brûle la vie et se brûle parfois au passage. Ses idées se ramassent à la pelle. Du soutien de lintervention américaine en Irak à sa proposition de loi tendant à aggraver les peines punissant les infractions à caractère raciste ou antisémite, du dossier ITER* à la politique dintégration sur le sol français, le touche-à-tout se saisit des sujets du moment. Souvent brillant, occasionnellement maladroit, il affirme, dénonce, conteste. Le trublion na pas encore fédéré les leviers politiques, en dépit de la détermination quil affiche dans latteinte de ses ambitions. Le gouvernement a décidé de lui fermer provisoirement ses portes. Il en forcera dautres. Visionnaire ou utopiste, le député de la IVe circonscription de Paris (VIIIe et IXe arrondissements) évoque, entre rêve et réalité, la conquête de
La Mairie de Paris. Des racines et des femmes Il est dici et dailleurs. Lacquis, lidéal, cest la France dabord et avant tout. Linné, les blessures assassines, cest la Tunisie, le déracinement. Premier signe du destin, il voit le jour pendant la guerre de Corée, dans une famille de Français installés à Tunis. Premier exil, à cinq ans. Son père vend son garage, embarque sa famille sur le bateau, achète un camion davant-guerre et remonte la nationale 7. Les quatre enfants vivotent dans un hôtel, avant de squatter un appartement près du canal de lOurcq. Et den être expulsés. LEden, cest raté. Son père devient ouvrier spécialisé chez Renault, sa mère travaille dans une cantine scolaire. Pierre Lellouche appellera lune de ses filles Eden. Premier affront : « Je me souviens être rentré un soir à la maison en enlevant mes chaussures et mes chaussettes. Ma mère ma demandé quelle en était la raison. Jai répondu : on ma appelé pied noir, je voulais vérifier la couleur de mes pieds. » Premier envol : un professeur le repère dans un collège denseignement technique du IXe arrondissement et le fait entrer au lycée Condorcet. Surpris par la chance, ladolescent travaille, réussit. Adieu lavenir tracé dans le restaurant familial. Pierre ne sera pas garçon de café. Premier héritage, première transmission : les femmes, la vie. « Mon père était un grand sportif qui avait fait une très belle guerre. Il ma appris la générosité, le courage, le goût de la vie, des copains, de la fête. Il était grande gueule et adorait les femmes, je dois avoir repris cela de lui. » Tout est clair. Du côté maternel, lItalie. Naples au balcon, les scènes et la possessivité méditerranéennes. Alors, Pierre aime les femmes, mais il sen méfie. Deux mariages, deux échecs, trois enfants. « Je ne suis pas un doux, je suis cuirassé parce que jai eu une vie dure. Je nai jamais trouvé la femme qui enlève cette cuirasse. Le seul moment où je suis doux, cest avec mes enfants. » Guerre et Paix Le ressort, le nerf de la guerre, cest justement la guerre. Il sen est aperçu, lentement. Après cinq ans de droit à Nanterre puis Sciences-Po, il décide de partir. Monsieur est docteur en droit de la faculté dHarvard. Boursier, naturellement. Il découvre la prolifération, fait sa thèse sur linternationalisation du cycle du combustible nucléaire. De retour en France, il rencontre Raymond Aron sur les conseils de Pierre Hassner. Le grand virage. Celui-ci lui propose de travailler à ses côtés à la Maison des sciences de lHomme, au sein du Groupe détudes et de recherches sur les problèmes internationaux (Gerpi). Naturellement, Pierre Lellouche rejoint lInstitut français des relations internationales (Ifri) dès sa création, en 1979. Durant neuf ans, il simpose comme lun de ses principaux animateurs, dirigeant notamment lensemble du secteur politico-stratégique. Sa route se révèle. Il le comprend, lors dune interview au moment de laffaire des euromissiles. Un journaliste lui demande : « Pourquoi est-ce quun jeune homme comme vous sintéresse à des choses aussi mortuaires que les fusées et les scénarios de guerre nucléaire ? » Alors, Pierre se souvient. Dans sa mémoire, sont restées gravées les scènes de Nuit et brouillard, quil a vu à lâge de dix ans. Les convois, les empilements de morts. « Je me suis aperçu que cétait cela, le ressort de toute ma vie. La compréhension de la guerre, ses causes, les manières de léviter et surtout, langoisse quelle arrive. » Mais cela ne suffit pas. Par tempérament, le garçon est communicant. Très vite, il samuse dans un secteur parallèle, fait connaître ses choix et ses analyses. Editorialiste au Point, à Newsweek, à lInternational Herald Tribune, à Sekai Nippo et même à Valeurs Actuelles, Pierre Lellouche aime parler, raconter ce quil fait. Il est convaincu de son utilité. Il doit le faire savoir. Le grand bleu Au départ, il avait misé sur le rouge. « En 68, quand on a 17 ans et quon est fils douvrier, on est naturellement de gauche. » Alors quil est étudiant, ses voyages en Amérique du Sud éteignent ses éventuelles flammes guévaristes ou castristes. Quelques années plus tard, il passe deux étés dans un kibboutz, en Israël. « Cette expérience ma marqué, jadorais la vie à la campagne, javais limpression de vivre le socialisme à visage humain. Mais, en même temps, je suis trop individualiste pour me fondre dans un moule aussi étroit. Ma véritable rupture avec la gauche date de 68, elle est liée au sionisme. » Alors, en 1986, il intègre léquipe des consultants de Jacques Chirac sur les questions de défense. Trois ans plus tard, le futur Président lappelle, lui indiquant quil cherche un conseiller en communication. Le tour est joué. Il devient également conseiller diplomatique au cabinet du maire. Jusquen 1995, ce sera lidylle entre eux deux. Il prend en charge la campagne municipale, puis arrache, en 1993, la 10e circonscription (Val-dOise) à Dominique Strauss-Kahn : « Il a perdu parce quil pensait que cétait acquis, il est aussi un peu dilettante. Pendant 6 mois, je nai fait que cela, et jy ai pris goût. Je suis très bon sur le terrain. Jai découvert que jadorais toucher, convaincre, séduire. Je suis concerné par les problèmes des gens, cela me tient à cur. » Bravo. Il a bien appris son métier, le petit. Reste aujourdhui à conquérir le véritable pouvoir. Car, depuis près de dix ans, Pierre Lellouche nest pas vraiment en odeur de sainteté à lElysée. Parle-t-il trop fort ? Manque-t-il de diplomatie ? « Il fait partie des gens qui vous obligent à réfléchir le monde. Il ose laction, il prend des risques personnels pour défendre ses idées », affirme Stéphane Fouks, chief executive officer dEuro RCSG France. Lintéressé ne masque pas ses difficultés : « Je ne suis pas un courtisan. Jai fait les frais de certains règlements de compte après lélection de Jacques Chirac en 1995. Depuis, les relations demeurent étroites, même sil y a eu des désaccords sur certains points de politique intérieure ou extérieure. Dans la nouvelle génération, Nicolas Sarkozy est le seul pour lequel jéprouve de ladmiration pour son énergie et son travail. » Voilà. Tout est dit. Pierre Lellouche ne souhaite pas choisir de camp. Sil reste attaché au Président, celui-ci ne semble pas lui reconnaître une valeur gouvernementale. Il fait appel à lui, épisodiquement : « Quand il a besoin de moi, il me contacte, pour négocier ITER, par exemple. Les histoires de personnes ne mintéressent pas, les histoires de partis politiques non plus. » Reste ses grands combats. Républicain convaincu, lhomme ne revient ni sur sa position à légard de la guerre en Irak, ni sur son analyse relative à la gestion de lintégration : « Il faut arrêter denvoyer le message à toute lAfrique quen France, on peut venir se brancher sur un système de chômage et de santé gratuit. Il faudra bien un jour que la politique dimmigration soit réformée dans notre pays et que lon pratique un recensement basé sur les composantes ethniques de la Nation et des quotas à limmigration en fonction des qualifications, des gens que nous souhaitons voir rejoindre la collectivité nationale. » Déterminé, affirmatif, combatif, Pierre Lellouche joue à quitte ou double. Lorsquil perd, la plongée sous-marine panse ses blessures : « Quand je suis à bout de fatigue, jai besoin dêtre dans le bleu. Je trouve la paix, lharmonie, le silence. » Serait-il entre deux eaux ? * Pierre Lellouche est émissaire du gouvernement sur le dossier ITER. |
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| Ses référents Winston Churchill, Raymond Aron, John Steinbeck. Son deuxième métier |
Ses dates . 1956 : Indépendance de la Tunisie et déracinement. . 1979 : Naissance de lIfri. . 1989 : Ses débuts politiques aux côtés de Jacques Chirac. . 1993 : Ses débuts dans le métier délu. Son signe zodiacal |
| Le nouvel Economiste - n°1279 - Du 12 au 18 novembre 2004 - Photo : Marc Bertrand - Toute reproduction interdite | |