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Pierre-Louis Rozynès Névrose médiatique Au secours ! Woody Allen a trouvé sa doublure française. Amant littéraire médiatisé, éditeur névrosé refoulant la lumière, journaliste cruel, dévoreur de maquettes et de médias, lancien rédacteur en chef de Livres Hebdo partage son temps entre son divan et ses auteurs. Il lance Privé, une nouvelle maison dédition dédiée au traitement explosif mais aiguisé de lactualité. Psychanalyse dun conte moderne. Chaque semaine, Le nouvel Economiste révèle un tempérament à «LHôtel», rue des Beaux-Arts. Paris VIe. Portrait dun timide provincial devenu une icône germano-pratine décalée. Par Gaël Tchakaloff |
| Sans le savoir, il a trouvé son maître absolu. Parce quil traite avec dérision les situations sérieuses et avec rigidité les sujets dérisoires, Pierre-Louis aurait pu figurer parmi les personnages clefs dAnnie Hall. Spécialiste des aphorismes, dialoguiste discret des dîners parfois mondains, amoureux du non-sens et des analyses futuristes, metteur en scène de ses propres folies, léditeur dandy frôle parfois la caricature. Trop dintériorisation, trop dintrospection, trop de névroses, trop dindividualisme. Pourtant, tout cela est désormais devenu secondaire. Il a décidé de briser son image. En finir avec lélite littéraire. Quitter la presse, sa passion , pour un temps. Epouser lédition, sassocier à un bonimenteur et à un commerçant. Tout casser. Cela donne « Privé », la maison dédition quil a créée avec Guy Birenbaum, reposant sur un accord de co-édition avec Michel Lafon. Une ligne éditoriale simple, un traitement à langlo-saxonne : « des documents dactualité se glissant entre la loi et la loi du silence ». Premières sorties cette semaine. Accords et désaccords Il devrait être à mourir dennui. Parce quil est dabord sérieux, cartésien, cérébral, déterminé, solitaire. Il se trouve quil est à mourir de rire. Sans le vouloir. Cela le dépasse. Parce quil se renie toujours. Au fond, il ne peut pas vivre sans les autres. Il ne peut pas vivre comme les autres. Il aime la folie, lirrationnel, la démesure. Il est conscient de ses écarts. Il les assume, en sabritant derrière un cynisme sur-joué. Blessure récente. Interrogé sur son histoire damour avec la romancière Christine Angot, il conclut : « Je ne regrette pas, mais je ny retournerais pas ». En livrant leur histoire dans son roman Pourquoi le Brésil ? Christine a libéré le timide rédacteur en chef et la transformé en héros dune passion médiatique et commerciale. Dévoilant ses travers, son incapacité à assumer ses névroses. Son incapacité à aimer, tout simplement. Il devrait être bouleversé, mais il demeure stoïque : « Quand on se fait tirer le portrait par Picasso, on ne se plaint pas davoir le nez à la place des oreilles ». Un as du retournement, ce Pierre-Louis. Durant lentretien, il relate son histoire personnelle, dans les moindres détails, puis lance, laconiquement : « Je déteste parler de mon enfance. Je ne pourrais supporter que de lécrire ». Etrange enfance à Villeurbanne, entre un père, dans lindustrie textile, « lecteur rocardien de lExpress » et une mère, libraire. Lun dorigine polonaise, lautre géorgienne. La résistance et le maquis comme obsession et la Shoah en héritage. Un jour, le cocon vole en éclats. Les parents se séparent. Pierre-Louis reste seul dans un appartement de cinq pièces en face du lycée. Que la fête commence. Il a dix-sept ans. Il hérite de lharmonie et des ruptures de lenfance. Baigné dans les livres et dans la presse. Mais seul, abandonné. Trop vite. Sciences-Po, à Lyon. Un enfant, à vingt ans. Brûlure secrète. Une attirance pour les médias. Il tente de réaliser, trop tôt , un projet de chaîne de télévision diffusée par satellite et un city magazine. Il écrit pour Stratégies. Il a goûté à la presse. Il ne pourra plus sen défaire. Coups de feu sur la presse Il laime et il la déteste. Il ne peut pas sen passer. Il lui donne ce quil na jamais offert à aucune femme. Son temps, sa vie. Il accepte dêtre possédé. Conscient de la lourdeur des modèles économiques et des difficultés françaises, il sait pourtant quil devrait rompre. Rien ny fait : « Si jétais sage, je ferais le deuil de la presse écrite, mais je ne peux pas. » Michel Lafon, son récent co-équipier, résume ses spécificités : « Pierre-Louis est journaliste avant tout, mais le visuel ne lui échappe pas. Il a le sens du texte, de la formule et des couvertures ». Entre les deux hommes sest instaurée une connivence amicale. Etonnant mariage de la carpe farcie et du lapin chasseur. Car Pierre-Louis vient dailleurs. De la presse professionnelle. Du concept élitiste. « Pour informer tout le pays, il suffit dinformer une catégorie de gens », affirme-t-il. Rédacteur en chef de plusieurs titres dans les groupes Stratégies puis Capital Média, notamment Création et Le Nouvel Economiste, lhomme reste dabord intéressé par le produit dans sa globalité. Il a lâme dun journaliste doublée de celle dun directeur artistique. Il intervient « transversalement sur les concepts, la formule, la ligne éditoriale, la grille, le chemin de fer et la maquette, davantage que sur le management ». Certainement trop brutal, individualiste et asocial pour diriger. Alors, Pierre-Louis senfuit, après un premier septennat en presse écrite. Pour sarrondir, faire peau neuve dans sa ville natale. « En revenant à Lyon, jai su que je venais y mourir ou y renaître. » Deux longues années aux côtés de son ami Thierry Ehrmann, durant lesquelles il trompe le papier avec les contenus internet et multimédias. Pour mieux revenir, en 1997. Nommé rédacteur en chef, il entame une révolution à Livres Hebdo. Imposant le magazine comme le titre de référence du milieu de lédition. Triplant le lectorat sans véritables investissements, il le transforme en Variety de Saint-Germain. Lambitieux sera pourtant écarté par les actionnaires, suite à un désaccord relatif à la politique de développement du titre. Un deuxième septennat. Et Pierre-Louis sen va. Prends les livres et tire-toi « Ce nest pas avec des prototypes que lon fait des avions de série. » Voilà. Privé est née. Une marque, deux hommes, une ligne éditoriale axée sur les documents dactualité, une politique marketing agressive, tous les circuits, tout de suite (Editis, à travers Interforum, en assure la distribution). Librairies, mais aussi supermarchés, hypermarchés, Relay, Maisons de la presse, Privé veut tout. Pierre-Louis aussi, désormais. Car lhomme a croisé les logiques industrielles quil a connues dans les groupes avec son expérience des milieux de lédition et de la presse. Il sest fixé un défi. Pour la première fois, il sinscrit dans une double logique commerciale et éditoriale. Pour la première fois, il change son rapport au temps. « Le temps sécoule lentement dans lédition, rapidement en presse. Cela risque dêtre difficile pour Pierre-Louis, condamnant Privé au succès immédiat », indique Jean-Marc Roberts, directeur des Editions Stock. Le pari éditorial semble ambitieux : comment traiter lactualité de manière explosive tout en conservant une véritable rigueur intellectuelle ? Comment allier le tempérament dun chasseur de scoop moral, Guy Birenbaum , à celui dun perfectionniste intériorisé et élitiste, Pierre-Louis Rozynès ? Les titres des ouvrages qui sortent cette semaine permettent de répondre, en partie, à ces questions : Au secours ! Lionel revient !, écrit par un dirigeant socialiste anonyme, membre du bureau national ; Le Pire dentre nous, une biographie politique de Jacques Chirac signée Bertrand Delais ; Suzy contre mon gros loup, révélant les mystères du groupe AZF, co-écrit par deux journalistes de télévision ; Un juge au-dessus des lois ? de Sébastien Fontenelle, sur laffaire du juge Renard Journaliste, éditeur, Pierre-Louis aime écrire et faire écrire. Décider et se laisser guider. Parce quil ne sait jamais où il veut se trouver ou parce quil ne désire véritablement être nulle part. Les carcans létouffent. La presse lui manque déjà. Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur Pierre-Louis Rozynès sans jamais oser le demander Vous ne le saurez donc jamais. |
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| Signes |
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| Fan de Sigmund Freud. Ses lieux |
Ses dates . 1968 : Lannée de toute lactualité. . 1978 : Roger Planchon monte trois pièces de Shakespeare au TNP de Villeurbanne. . 1986 : Entre dans le groupe Stratégies. . 1997 : Rédacteur en chef de Livres Hebdo. Son signe zodiacal |
| Le nouvel Economiste - n°1285 - Du 14 au 20 janvier 2005 - Photo : Marc Bertrand - Toute reproduction interdite | |