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Nicole Gnesotto La sécurité à lunisson Citoyenne européenne, son identité. Service public européen, son engagement. Sécurité européenne, son métier. Madame dirige lInstitut détudes de sécurité de lUnion européenne. Une femme à la défense. Une normalienne, qui plus est. Mesure dun grand écart entre la réflexion et laction. Chaque semaine, Le nouvel Economiste révèle un tempérament à «LHôtel», rue des Beaux-Arts. Paris VIe. Portrait dune amoureuse littéraire devenue une prêtresse sécuritaire. Par Gaël Tchakaloff |
| Une illustre inconnue. Une influence incertaine. Sa notoriété et son autorité incarnent le degré davancement de la politique diplomatique de lUnion. Autant dire, proche du niveau zéro. Actuellement, la sécurité extérieure européenne relève davantage du hasard politique que de la fédération des volontés nationales. François Hollande ne rencontrera pas toujours José Luis Rodriguez Zapatero. Il est temps de se réveiller. Alors Madame sagite depuis 6 ans à la tête du centre de réflexion stratégique des 25 Etats membres. Rattaché à lUnion européenne depuis 2001, alors quil dépendait jusque-là de lUEO (Union de lEurope occidentale), lInstitut détudes de sécurité poursuit deux missions : le développement dune culture stratégique commune et la création dun think-tank européen destiné à faciliter la mise en place de la politique étrangère de lUnion. Bien. Reste à définir et à appliquer ladite politique
Nous sommes encore loin du ministère des Affaires étrangères européen prévu par le traité constitutionnel. Madame rassure : « En dépit des blocs de divergence que sont le désarmement nucléaire et la politique étrangère américaine, lémergence dune identité stratégique commune européenne simpose aujourdhui. » Parfait. Paris, Bruxelles, les Etats membres
Nicole Gnesotto surfe sur le processus inévitablement lent, irrémédiablement engagé et résolument indispensable de la politique extérieure de lUnion. Indépendante, déterminée, ce brin de femme surestime peut-être les moyens matériels de ses ambitions. La sécurité délaissée Elle va toujours à lencontre de son destin. Dabord, en quittant un cocon familial aisé, à Fort-de-France. Paradisiaque, mais déconnecté. Confortable, mais superficiel. A bas les domestiques, les bains de mer, la facilité. Nicole obtient son bac avec mention très bien. Son professeur de philosophie convainc ses parents de sa destinée littéraire. Elle doit tenter lEcole normale supérieure. Dans la famille, on ne fait pas les choses à moitié. Deux générations dimmigrés italiens, issus de rien. Le père a fait fortune dans la construction. Laéroport du Lamentin, à la Martinique, cest lui. Le sens du travail et de lhonneur en héritage, la jeune fille découvre la bourgeoisie et le froid parisien, dans le foyer de la rue du Docteur-Blanche. Nous sommes en 1971. Elle a dix-sept ans. Et peu de temps pour rattraper son retard culturel. Alors, elle senferme. Au lycée Molière, un professeur, mademoiselle Morland, lui transmet la passion des auteurs. Lélève se nourrit de livres, étouffant dans un univers qui lui est socialement étranger. Trop convenu, trop ennuyeux. Henri-IV la libère. Une deuxième khâgne, Normale Sup puis lagrégation. Mais bientôt, la fin de son chemin littéraire. Nommée au lycée de Compiègne, elle construit son premier cours sur la place du « je » en littérature. Léchec est cuisant. Elle lévoque avec amertume. Aucun élève ne lécoute. Elle rêvait de pensée littéraire, on lui demande des leçons de grammaire. Son affectation dans le Nord, près de Béthune, achève de briser ses illusions. Léducation, cest fini. Elle na pas fait tout ce trajet pour cela. Elle ny mettra pas les pieds. Cherchant à occuper sa mise en disponibilité, elle écrit pour Le Nouvel Observateur et la revue Esprit. Jusquau choc historique, à double détente : Solidarnosc dun côté, la révolution iranienne de lautre. Elle a trouvé sa voie : « La littérature que jaime est celle dans laquelle lhistoire individuelle révèle les histoires nationales. » Une seconde fois, Nicole contre son destin. La sécurité retrouvée Un homme, une idée. Une confiance réciproque. Nicole Gnesotto ne connaît rien aux questions stratégiques. Jean-Louis Gergorin, quelle rencontre au hasard dun dîner, lui commande pourtant un article sur le pacifisme français. Il dirige, à lépoque, le Centre danalyse et de prévision (CAP) du ministère des Affaires étrangères. Ironie du sort, cest grâce au pacifisme que la jeune femme découvre les questions de sécurité internationale. Plus de temps à perdre. Elle a enfin trouvé sa passion. Elle entre dans une écurie. Pierre Hassner, Thierry de Montbrial et Pierre Lellouche se chargent de sa formation. Elle entame un parcours du combattant administratif pour rendre compatible son statut à lEducation nationale et au Quai dOrsay. Chef adjointe du CAP, chargée de mission auprès du directeur de lInstitut français des relations internationales (IFRI), professeur à lInstitut détudes politiques de Paris (IEP), lambitieuse impose sa réflexion, développe sa technicité. Semparant des questions stratégiques en pleine guerre froide, elle a le sentiment de « participer à lorientation de lHistoire ». La pensée sécuritaire devient son emblême. Légitimée par sa formation littéraire, elle accumule les publications. Ne cherchant pas à conquérir lautorité dune compétence décisionnelle, elle se contente de linfluence et de la recommandation. « Je nai jamais eu de responsabilités opérationnelles. Je me suis toujours trouvée en deuxième ligne, développant une vision prospective, à long terme, par rapport aux enjeux immédiats. Jaime la prévision, lintuition du futur permettant de façonner lHistoire. » Le hasard est étranger au fait quelle se trouve toujours au bon endroit, au bon moment. Elle sait où se construit lHistoire. Lorsquelle prend la direction de lInstitut de sécurité de lUEO, en 1999, Nicole Gnesotto sassocie au challenge : la métamorphose dun institut dormant en centre de pensée sécuritaire névralgique de lUnion. Un défi. Le pouvoir dinfluence a néanmoins ses limites. Son avenir dépend de la construction de la politique étrangère de lUnion. La poule et luf ? La sécurité phantasmée « Lambition était de créer un think-tank européen adapté à la politique étrangère de lUnion et aux besoins des Etats membres, afin dêtre utile à la mise en uvre dune politique étrangère commune. » Vingt-cinq membres permanents, dont 9 chercheurs issus de neufs pays différents, un budget de 3,5 millions deuros Bien que siégeant dans les anciens locaux de lOtan (avenue du Président-Wilson), lInstitut na pas encore trouvé sa force de frappe. Indépendant et au service de la Politique étrangère et de sécurité commune (PESC), il intervient par le biais de publications (Les Cahiers de Chaillot, les Occasional Papers, le Bulletin trimestriel), de séminaires et de conférences transatlantiques bi-annuelles. Naturellement, sa montée en puissance reste subordonnée à celle du futur ministre des Affaires étrangères de lUnion. Evidemment, la source du financement trop limité doit glisser des Etats membres vers la Commission. Pourtant, la sphère dinfluence de cet Institut, dont le rôle devrait désormais être primordial, rappelle la problématique, plus large, du fonctionnement des instituts nationaux européens : leurs financements aléatoires, la faiblesse de leur masse critique, leur incapacité à fabriquer de véritables viviers de chercheurs utiles. A quelques exceptions près (notamment la Grande-Bretagne avec lIISS et la Norvège avec le NUI), les think-tanks européens ne peuvent pas rivaliser avec leurs cousins doutre-Atlantique, tels que la Rand Corporation. « Le pouvoir dinfluence de lInstitut nest pas mesurable en terme de succès ou déchec immédiat. Cela est confortable, car personne nest jamais vraiment responsable, mais terriblement frustrant parce quil est difficile dêtre efficace rapidement. Il ny a pas encore de réflexe de pensée européenne. En revanche, il existe un besoin de réflexion détaché des contingences nationales, qui saccroît à mesure quaugmente la responsabilité extérieure de lUnion. LInstitut a donc un avenir évident. » Nommée jusquen 2006, la citoyenne européenne semble portée par un optimisme sans faille. Qui saurait, pourtant, définir les pensées et politiques stratégiques européennes tant attendues ? |
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| Signes |
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| Fan de Jane Austen, Honoré de Balzac, John le Carré, Jacques Delors, le général de Gaulle, Pierre Hassner, Simone Veil. Ses lieux Ses dates |
Son engagement « Je soutiens ladhésion de la Turquie à lUnion européenne, à condition quelle soit devenue un pays aussi démocratique que les autres Etats membres le jour de son adhésion. » Son épitaphe Son signe zodiacal |
| Le nouvel Economiste - n°1294 - Du 18 au 24 mars 2005 - Photo : Marc Bertrand - Toute reproduction interdite | |