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Stéphane Fouks Mazarin dans la communication Laisser ses yeux de velours réchauffer latmosphère. Ecouter ses enchaînements implacables de concepts et didées. Croire à sa chaleur raffinée. Se perdre dans son carnet dadresses reconverti en tribu damis. Adhérer à son pragmatisme teinté didéologie. Puis recevoir, surpris, son optimisme enfantin Voici lhistoire dun habile communicant devenu un puissant diplomate. Chaque semaine, Le nouvel Economiste révèle un tempérament à «LHôtel», rue des Beaux-Arts. Paris VIe.Portrait dun militant idéaliste mué en stratège pragmatique. Par Gaël Tchakaloff |
| Incontournable. Imprévisible. Inclassable. Il est partout et nulle part. « Stéphane est un homme politique, pas un communicant. Un manager du politique, aussi bien des hommes que de laction. Il a réussi à adapter à la vie la réalité de laction politique. Dans 10 ans, il sera patron dEuro-Publicis ! », indique son ami criminologue et consultant, Alain Bauer. Plusieurs secteurs dactivités, plusieurs métiers. La politique, léconomie, les médias, dun côté. La publicité, le marketing, le conseil, de lautre. Les entreprises et les hommes. Lunivers professionnel et personnel, mêlés. Airbus, BNP Paribas, LVMH, Alcatel, Cap Gemini, Microsoft
Les patrons et les politiques vantent ses conseils avisés. Plusieurs tempéraments aussi. Travailleur et dilettante, rigoureux et désordonné, affectif et rationnel. Le feu et la glace, la réflexion et lintuition. Voilà. Le Chief Executive Officer France dEuro RSCG Worldwide, également PDG dEuro RSCG C&O, sest attaché les faveurs des puissants. Fidèle à ses origines, rallié au traditionnel combat des managers contre les actionnaires, Stéphane Fouks sest aujourdhui lancé dans le match qui oppose les loyalistes aux légitimistes au sein du groupe Havas. Lappel de Michel Fidèle. Il ne le cache pas. Sa première famille, cest la gauche. Celle des années 70-80 : « Je suis de gauche mais je ne me reconnais pas dans la gauche actuelle. En niant la réalité du monde, elle ne se met pas en situation de le changer. » A 16 ans, il adhère à la section PS de Charenton-le-Pont. A 20 ans, il participe à la création de lUnef-ID. A 24 ans, son ami Yves Colmou lui propose de le rejoindre au cabinet de Michel Rocard, alors ministre de lAgriculture. Il avait envisagé trois chemins de vie : la politique, la justice ou la communication. Finalement, ce sera un peu des trois. Pourtant, il vient dailleurs. Une enfance en banlieue, à Charenton. Une histoire familiale entre la Pologne et lUnion soviétique. Les images de la résistance en héritage, les marques du militantisme communiste dun père, sous-directeur à la direction générale de la Sécurité sociale devenu mendésiste social-démocrate. La mère, fille de déportée, comptable dans une entreprise de maroquinerie. La petite classe moyenne et les belles vacances attendues toute lannée. La culture, les livres, le cinéma, le théâtre en toile de fond. Non, son engagement nest pas une rébellion. Cest un plaisir. Cest une conquête. Une bouffée doxygène mentholée. Une continuité. Léveil aux études, lui, demeure tardif. Il redouble une terminale scientifique pour basculer dans une section économique. Finalement, il obtient son bac avec mention. Assez bien, seulement. A Maisons-Alfort, seulement. Bien loin des arcanes du pouvoir quil côtoie désormais. Plus tard, il sest réveillé. Droit à Paris I où il rencontre son ami Manuel Valls , puis Sciences-Po, en même temps. Cest au cabinet de Michel Rocard quil renonce au métier de la politique : « Jai rapidement compris que je ne deviendrais pas un homme politique. Les règles de ce métier imposent dattendre une carrière entière pour avoir deux ans dutilité. Jai donc choisi daller rejoindre les communicants. On peut y être utile en samusant. » Jacques a dit Fidèle, encore. Il est son père ou son oncle adoptif, au choix. Relation complexe. Reconnaissance du ventre. Affect démesuré entre les deux hommes. Le fils a réussi. Le père a construit son piédestal. Il sappelle Jacques Séguéla. Il la emmené partout avec lui. Il la longtemps imposé à ses côtés. Il ne sest pas trompé. Mais le fils est parfois controversé. Peut-être parce quil est moins massif que le père. Moins charismatique, diront les mauvaises langues. Lhistoire est piquante. En sortant du cabinet de Michel Rocard, Stéphane monte une agence de conseil et dévénementiel avec quelques amis, Déclic. Mais très vite, Jacques Pilhan lui propose de participer à lorganisation de lélection présidentielle de 1988. Stéphane fera donc un bref détour par la communication de Matignon. Juste le temps de rencontrer Jacques Séguéla, à qui il fait part de son désaccord au sujet de la communication sur le référendum de la Nouvelle-Calédonie. Trois mois plus tard, le publicitaire lappelle et lui dit : « Si tu ne veux pas faire comme Séguéla, il ny a quun endroit, cest chez Séguéla. » Cest parti. Sous le parrainage de Patrick Salomon, Stéphane crée son agence, RSCG Public, qui deviendra successivement RSCG Institutionnel, Corporate, puis C&O, axée sur la communication financière et corporate, avec plus de deux cents salariés. Aujourdhui, la communication politique ne représente officiellement quune part infime de son chiffre daffaires. La réalité est pourtant bien éloignée des chiffres, car, en politique, Stéphane travaille gratuitement. Le gage de sa liberté, dit-il. « La communication politique française a régressé. Désormais, la politique ne maîtrise ni son calendrier, ni ses messages : plus on se rapproche de lélection, moins on peut communiquer. Par ailleurs, elle nest plus le moteur de sa propre communication parce quelle est dabord soumise aux médias et aux sondages. Aujourdhui, les politiques dépensent lessentiel de leur argent pour organiser des meetings auprès de gens qui sont déjà convaincus. » Il sattellera bientôt à la campagne 2007 du futur candidat socialiste, et continue, pour lheure, son travail main dans la main, notamment avec léquipe strauss-kahnienne. Séguéla lui a ouvert une voie. Royale. « Jacques a toujours veillé sur moi. Il ma appris à être dans le domaine de la production didées et à avoir le droit de revenir sur les idées déjà vendues. A ses côtés, jai compris que la générosité nétait pas la plus mauvaise des formes de commandement. » Alain, Vincent, Mercedes et les autres Fidèle, toujours. Bien que certains lui aient prêté quelques balbutiements, il a choisi son camp, au sein dun conflit sanglant : « Ma loyauté à légard dAlain de Pouzilhac na jamais fait débat. Donner cest donner, reprendre, cest voler. » Voilà qui est clair. Spécialiste dart contemporain et remarquable cuisinier, il aurait aimé être avocat ou banquier daffaires « le côté marieuse juive me séduit énormément » , mais il sest passionné pour un métier protéiforme, que personne ne semble comprendre. Ni publicitaire, ni homme de marketing ou de communication interne, il affirme « donner de la réalité aux idées ». Aux côtés de Mercedes Erra, chairman dEuro RSCG Worldwide France, il a su imposer la communication intégrée. Lalliance de la publicité, du conseil et du marketing. « Mon ambition nest pas de devenir président dHavas », affirme-t-il, détendu Désormais, ses objectifs se trouvent sur le terrain du développement international. Pour cela, il compte notamment sur les clients français dont les enjeux de communication se trouvent à létranger. En attendant, Stéphane poursuit son chemin, porté par un optimisme qui emballe plus souvent quil neffraie. Il évoque, rapidement, ses moments de souffrance. Ceux quil aimait et quil a perdus, trop vite. Son père, disparu alors quil avait 18 ans. Sa mère, plus tard, mais pourtant trop tôt. « Je suis en conflit avec la mort. » Secret, il sourit, avant dajouter : « La vie est un enchantement. » |
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| Signes |
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| Fan de Raymond Aron, Raymond Barre, Milan Kundera, Michel Pébereau. Ses lieux Ses dates |
Son patrimoine Un appartement de 158 mètres carrés à Puteaux. Sa rémunération annuelle Son épitaphe Son signe zodiacal |
| Le nouvel Economiste - n°1306 - Du 10 au 16 juin 2005 - Photo : Marc Bertrand - Toute reproduction interdite | |