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Gilbert Gross Londe tranquille Sa réputation le précède. Son aura submerge ou dérange. Ses amis signent pour la vie. Y compris lorsquils ont trahi. Chaque semaine, Le nouvel Economiste décortique une personnalité à « LHôtel », rue des Beaux-Arts, Paris VIe.Portrait dun gagneur professionnel construisant ses succès à coups de jeux défensifs. Par Gaël Tchakaloff |
| Tchou-tchou. Sa vie avance à grand train. Les compartiments qui la composent ne se rencontrent jamais. Monsieur locomotive est un roi de limpatience, maniaque de lexactitude, spécialiste des défis et de la segmentation des univers quil côtoie. Les hommes sont ses amis. Les femmes, ses fantasmes. Les jeux, ses divertissements. Les réseaux, son savoir-faire. Les avions et les hélicoptères, son rêve paradoxal de puissance et de distance. Depuis quil a domestiqué la mort, sa vie sest transformée en vaste parc dattractions. Inconnu du grand public, pestiféré ou idolâtré par ses pairs, il a quitté lombre du pouvoir pour épouser la lumière dun costume de diva fabriqué sur mesure au fil des années. Tous disent quil nest plus de la partie. Tous reconnaissent néanmoins son rôle fondamental. Car, le métier apparemment rudimentaire quil a inventé est toujours au cur des problématiques dactualité. En sarrogeant les stratégies médias des annonceurs, il a fait péricliter le modèle traditionnel des agences de publicité. Désormais, le règne de la création a été supplanté par les supports de communication
Et les agences de publicité se battent de nouveau sur le terrain des agences médias. Brisant sa statue de Commandeur de Carat, le fondateur devenu conseiller de la société quil a créée et vendue revient sur un parcours semé denthousiasmes, de séparations et de déceptions
toujours passionnelles. Loin de la caricature purement affective ou manipulatrice que certains veulent bien dresser, le jouisseur fidèle et spontané a fait de sa vie un cumul dinstantanés. La religion des sentiments Chez lui, la religion na pas droit au chapitre. Il a porté létoile jaune, passé la ligne de démarcation, compris le miracle du rescapé, connu la disparition de ses oncles, en camp de concentration, et lespoir dans la misère, à Pau, avant la Libération. « La guerre ma empêché dêtre croyant », lance-t-il lapidairement. Depuis, il croit aux faits et parfois aux hommes. Voilà tout. Quelques amis. Beaucoup daffect. Un tissu grégaire, essentiellement masculin. Une fidélité à la vie à la mort, avec certains. Un rapprochement provisoire, parce que lucide, avec dautres. Une implication maçonnique certaine, mais discrète. Si loin, si proche. Il est un mélange dhéritage et dintégration. Petit-fils dimmigrés russes et fils de commerçants, il a fui les Galeries Barbès pour construire son propre chemin. Cousin germain de Marcel Bleustein-Blanchet, il na pas mis longtemps à trouver sa voie. A ses débuts, rien de palpitant. Une petite agence de publicité, rue Lafayette. La course aux annonceurs. Tailleurs, magasins de chaussures. Puis, très vite, la révélation. Travaillant sur la campagne créative dune marque de café, il rencontre monsieur Clément, inspecteur général de lagence Havas, qui vend des prestations globales, à prix cassés, à son client. Intuitif, Gilbert sinspire de sa démarche pour proposer un placement média négocié aux bières Champignol, dont il vient par ailleurs de perdre le budget créatif. Le début dun métier. Lorsque BSN rachète Champignol et Kronenbourg, Gilbert se voit confier lachat média de lensemble du groupe Danone. Très vite, il signe un accord similaire avec Coca-Cola. Les gros clients se suivent et se rassemblent. SPFD, lagence de Gilbert Gross, achète des emplacements publicitaires en gros, garantissant aux médias des clients et des montants prépayés annuellement. En 1966, Carat voit le jour (empruntant le nom dune de ses filiales, « Centrale dachat radio, affichage, télévision »). « Beaucoup de nouveaux médias se sont lancés et nont pu survivre que grâce aux engagements que javais pris vis-à-vis deux », affirme désormais le fondateur, citant, dans la foulée, la phrase de son ami Antoine Bernheim : « La reconnaissance est une maladie du chien non transmissible à lhomme ». Certains semblent lavoir oublié. Défense clanique Les hommes, il y croit encore. Il a construit son groupe sur les rencontres et les coups de cur. « Gilbert a un sens aigu de lamitié et de la tolérance », affirme Michel Cacouault, directeur général de IP France. Longtemps, tous ceux qui lui plaisaient se trouvaient immédiatement associés au capital des filiales de lagence. A eux dapporter de nouveaux clients, tandis que Carat se chargeait de la partie administrative, juridique et fiscale. Quittant lagence Bélier, Bruno Kemoun et Eryck Rebbouh se sont installés à même enseigne. Prenant très rapidement le pas sur les autres associés, le tandem grimpe dans la hiérarchie du groupe, jusquà la coprésidence. Et traverse avec succès la crise de la loi Sapin, dite de « transparence du marché publicitaire ». Ensemble, ils parviennent à transformer une prestation quantitative en service qualitatif, et participent à la modernisation de lagence, dans un univers de plus en plus guidé par la technicité des stratégies de communication. Une histoire professionnelle doublée dune fusion affective du triumvirat, aujourdhui éclaté. Peu dexplications de part et dautre. Officiellement, les présidents ne sentendaient pas avec lactionnaire britannique Aegis, entré au capital de Carat en 1990. Une procédure, mutuellement intentée pour concurrence déloyale entre Carat et KR Média, suit son cours. Ferrero, LVMH, Bouygues Telecom et Universal auraient suivi les fils spirituels de Gilbert Gross. « Bruno et Eryck mont fait trop de bien pour que jen dise du mal et trop de mal pour que jen dise du bien », conclut désormais le fondateur. Le métier de la vie Il nen est pas à son premier combat. Après la fronde des agences de publicité, il a connu les difficultés juridiques, judiciaires (laffaire de la Française de jeux sest terminée par un non-lieu), capitalistiques et générationnelles. Sil nest plus actionnaire ou dirigeant opérationnel, lhomme a conservé un contrat de conseiller auprès de Carat, jusquà la fin de lannée. Personne ne sait encore ce quil a prévu par la suite. Certainement pas une révérence professionnelle, car lhomme est un gagneur que rien narrête. Viscéralement attaché à son agence, il semble pourtant distancié, par la force des choses, dun groupe à dimension internationale. « Mon seul pouvoir tient au respect de la parole donnée », indique-t-il calmement. Depuis 1995, il a appris à différencier lessentiel de laccessoire. Echappant à un cancer, maladie qui avait déjà emmené sa mère et son frère , cest désormais aux côtés de lun de ses proches amis quil affronte les difficultés de ce mal. Alors, ses excès ou ses colères sont toujours passagers. « Le sens de nos deux vies, cest lamour de la vie. Gilbert est un jouisseur de linstant unique en son genre », indique le professeur David Khayat, président de lInstitut national du cancer. Etrangement, la médecine a toujours fasciné le héros des médias : « Je rêvais dêtre chirurgien. Mon seul regret est de ne pas avoir exercé ce métier ». Pour le reste, ses challenges restent le moteur de sa quotidienneté. Champion du monde de poker en 1988, il joue chaque semaine au bridge, au golf et assouvit sa soif déternel en pilotant avions et hélicoptères dès que le temps lui paraît propre aux vols immortels. |
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| Signes |
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| . Ma chronique 1945 : La Libération. 1967 : La naissance de ma fille. 2001 : Le choc des civilisations. |
. Mes lieux Lîle de Pemba (Tanzanie), La Sardaigne, Megève. . Mon signe zodiacal Bélier, 3 avril 1931. |
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