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Bertrand de Labbey Le chat sur un toit brûlant Réserve et délicatesse dun félin. Homme de lombre dans un univers de lumière. Agent secret des stars adulées. Il cultive la timide distance des êtres en mal de confiance. Fuyant les fragilités égocentrées et les paillettes affectives quil sait éphémères. Le directeur de la première agence artistique européenne se serait-il construit en opposition au monde quil préside ? Chaque semaine, Le nouvel Economiste décortique une personnalité à « LHôtel », rue des Beaux-Arts, Paris VIe.Portrait dun amoureux de musique et de liberté devenu porteur de destins artistiques souvent emprisonnés. Par Gaël Tchakaloff |
| II est le proviseur dun lycée particulier. Le succès de ses élèves relève du désir quils peuvent susciter. Et les professeurs rêvent parfois eux-mêmes dépouser le trajet de leurs protégés. Lui, il a compris, il y a bien longtemps, quil ne fallait dépendre de personne dautre que de soi-même. « Toute ma vie, jai été à la recherche de mon indépendance. Cest lune des clefs liées à mon enfance. Javais si peu confiance en moi que jai toujours refusé les propositions des grands groupes, afin de ne pas dépendre du bon vouloir de quelquun dautre que moi. » Alors, depuis son adolescence, il mène une quête dautonomie, brisant les servitudes à mesure quil recueille le pouvoir qui y est associé. Actionnaire majoritaire et dirigeant de trois sociétés florissantes, il a su garder la tête froide. Et les épaules dun manager, dabord et avant celles dun agent. Serpent à sang froid ou affectif rentré ? Peu importe, il a survécu à mesure quautour de lui séteignaient les flammèches de carrières construites à coups de mannes démonstratives. Carrefours incontournables du cinéma et de la chanson française, Artmédia et VMA regroupent la crème des comédiens, chanteurs, metteurs en scène, réalisateurs, scénaristes et auteurs français (Gérard Depardieu, Isabelle Adjani, Emmanuelle Béart, Isabelle Huppert, Julien Clerc, Bertrand Blier
). Blackline, plus récemment créée, est devenue lun des principaux entrepreneurs de spectacles vivants du territoire hexagonal (Muriel Robin, Patrick Bruel, Marc Lavoine
). Intermédiaire entre un employeur-producteur et un salarié-comédien, entre un producteur de spectacles et un chanteur, lagent Bertrand fait désormais partie du ciel artistique français. Pourtant, il sest imposé dans un univers qui ne lui était pas destiné. Ni affectivement, ni rationnellement. « Adolescent, je pensais que jallais devenir directeur commercial pour les biscuits lAlsacienne », lance-t-il, un brin gêné. Blessures et dépendances Bertrand de Labbey de la Besnardière. Lopulence de ses particules est bien la seule quil ait connue dans son enfance. Car sa famille aristocratique, vite désargentée, sest peu à peu séparée de lensemble de ses biens pour parer aux nécessités matérielles des quatre chérubins du foyer. Ancien militaire devenu pilote du général de Lattre de Tassigny, son père sest réadapté avec difficulté à la vie civile. Elevé à Vierzon, Châtoux, puis Maisons-Alfort, Bertrand a ressenti les sacrifices parentaux. Alors, il sest très vite promis de ne jamais connaître les soucis financiers dune vie dadulte. De son enfance, il garde limage des distractions qui ont construit son parcours. La lecture. Le cinéma à Vierzon. Robin des bois, avec Errol Flynn, son premier film. Et la musique. Les variétés écoutées à la radio. Les paris pris avec ses frères sur les chansons susceptibles de devenir des tubes. En dehors de cela, on ne peut pas affirmer que la chose artistique ait coulé dans les biberons nourriciers. Sensibilisé à lesthétisme musical par une famille maternelle elle-même musicienne, il a renoncé à son apprentissage, faute de don et de moyens. Gagner son indépendance. Rapidement. Vivre à Paris. Fuir la banlieue. Rêves matériels fondateurs dune détermination renouvelée. Echouant à HEC, il part, complexé, pour lEcole supérieure de commerce de Reims. Cest au moment dune réussite au Capes en sciences et techniques économiques que son chemin bifurque. Sauvé par son audace, remarqué pour ses intuitions, le jeune homme préfigure déjà son histoire. Poussé par deux amies étudiantes, il va parler à Gilbert Bécaud, attablé dans un grand restaurant de Reims, où il donne un concert. Celui-ci le garde à ses côtés, une heure durant, écoutant patiemment létudiant lui expliquer les raisons de sa perte de vitesse. Ayant laissé ses coordonnées au chanteur, il deviendra son éditeur, lorsque celui-ci le rappelle, quelques mois plus tard, en 1965. Les débuts dune nouvelle vie, faite de conquêtes et de découvertes. La domestication de largent et du pouvoir. Paroles et musiques Gérant des éditions Rideau rouge, il va rapidement imposer ses premiers signes de liberté au chanteur. Il souhaite éditer dautres artistes. Parce quil croit à la richesse de léclectisme. Et parce quil craint, une fois encore, que lunicité puisse créer la dépendance. Il connaît, pourtant, le risque de jalousie inconsciente que comporte cette diversification. Trop tard. En 1968, Marie-France Brière, réalisatrice démissions pour Europe 1, qui partage à lépoque sa vie, lui fait écouter La Cavalerie, de Julien Clerc, alors que le disque nest pas encore sorti. Bertrand signe immédiatement un contrat avec lartiste. Depuis, leurs chemins ne se sont jamais séparés. Ses sept années de collaboration avec Gilbert Bécaud vont sachever dans le drame. Abandonnant ses parts pour un franc symbolique, Bertrand décide de monter sa propre société, Sidonie, quil vendra par la suite à EMI. Le chanteur, piqué au vif, lui déclare une guerre ouverte, durant des années. Les relations entre les deux hommes demeureront longtemps conflictuelles. Bertrand ne sait pas courber léchine. Orgueilleux, rancunier, parfois revanchard, il nhésite pas à faire payer à son ancienne idole le manque de considération qui la alors blessé. Leur réconciliation ninterviendra que très tard, lorsque les rôles étant inversés, Bertrand pourra être celui qui tend la main au chanteur sur la fin. « Vous voyez, Bertrand, devant les artistes, nous sommes toujours en état de légitime défense. » Il na jamais oublié cette phrase venimeuse de Gérard Lebovici. Après avoir refusé une première proposition du fondateur de lagence Artmédia, il accepte, en 1975, de créer, dans le domaine musical, la copie de lagence dédiée au cinéma, au théâtre et à la télévision. « Voyez mon agent » (VMA), dont il détient au départ 51 % du capital, est un succès immédiat. En trois ans, elle atteint la moitié du chiffre daffaires de son équivalent cinéma. Si bien que Gérard Lebovici disparu, lorsque Jean-Louis Livi décide à son tour de se retirer, il apparaît naturel que Bertrand prenne la place. En 1990, il emprunte 13 millions de francs pour prendre la majorité du capital. Secrets agencés Rien ny fait. Les succès ne lont pas modifié. Sa timidité et sa réserve naturelles semblent résolument être le double signe dune éducation normée et dun complexe dinfériorité jamais guéri. Avec VMA, il a su opérer une diversification pluridisciplinaire, soccupant à la fois de musique et de cinéma. « Au début des années 80, une grande comédienne française ma demandé dêtre son agent. Grâce à elle, jai gagné la confiance en moi qui me manquait. Dès lors, je suis sorti du contexte uniquement musical pour moccuper également de comédiens. » Cette grande comédienne quil ne nomme pas a, un temps, été lélue de son cur. Désormais marié à Marcia (ancienne femme de Claude Nougaro) et père de deux enfants, il trouve sa solidité auprès de son noyau familial. Car il nest ni lhomme des soirées parisiennes, ni lépaule familière des artistes. Son vouvoiement inattendu dans cet univers marque sa volonté de distance maîtrisée. Son intuition ne semble jamais prendre le pas sur linterprétation raisonnée des faits. « Sa capacité danalyse, sa clairvoyance et sa lucidité permettent de ne jamais être embarqué dans un faux projet pour flatter votre ego », insiste Richard Berry. Certains lui reprochent néanmoins sa difficulté à exprimer ses convictions ou ses sentiments. Dautres, au contraire, soulignent son détachement à la fois salvateur et garant dun professionnalisme sans faille. « La familiarité avec les artistes nest pas une bonne chose. Ils sont souvent fragilisés parce que leur carrière ne dépend que du désir des autres. Leurs vies peuvent être fracassées. Jessaie de conserver des liens strictement professionnels avec eux. Je nai jamais aimé les agents nounous. » Voilà qui a le mérite dêtre clair. Bertrand est le ying de Dominique Besnehard, qui va bientôt quitter lagence pour la production. « Sa grande timidité le rend difficilement cernable. Il est juste, intègre et équitable, mais reste mystérieux. Sil met du temps à dire les choses ou à accorder sa confiance, ses mots ou ses sentiments sont profonds et indéfectibles », souligne celui-ci. Optimiste, mais angoissé, Bertrand de Labbey panse ses doutes dans laction. « Jai besoin davancer pour ne pas être rongé. Mon rêve, cest dêtre Ripley. Il a tout ce que je nai pas et tout ce que je ne me suis jamais permis : lamoralité et la liberté. » |
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| . Mon panthéon Jules Barbey dAurevilly, Julien Gracq, Patricia Highsmith, Guy de Maupassant, Patrick Modiano, Georges Simenon. . Ma chronique . 1953 : La mort de Staline. . 1959 : La mort de Gérard Philipe. . 1969 : On a marché sur la lune. |
. Mes lieux La Trinité, la Sologne. . Mon épitaphe « Naie plus peur » . Mon astre Balance, 6 octobre 1938. |
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