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Nicolas de Tavernost Les secrets dun conquistador Son charme aventurier masque la brutalité du conquérant. Sa rudesse formelle répond à ses angoisses perfectionnistes. Gestionnaire et meneur dhommes, le président du directoire du groupe M6 fédère autant quil terrorise. Mais lapparente austérité dune âme intériorisée cache lépicurienne gaieté dun cur passionné. Chaque semaine, Le nouvel Economiste décortique une personnalité à « LHôtel », rue des Beaux-Arts, Paris VIe.Portrait dun dirigeant plus redouté que redoutable, poursuivant le diable des détails et le ciel des réussites. Par Gaël Tchakaloff |
| Regardez-le dans les yeux. Son visage anguleux trahit son absence de rondeur. Comme une lame, Nicolas de Tavernost intervient en profondeur. Les gestes daffection superficielle propres au milieu audiovisuel, il ne connaît pas. Loin des claques dans le dos et des mots généreux, il tranche, comme un rasoir. La brutalité de son verbe surprend parfois. Mais il ne verse jamais dans la familiarité ou la grossièreté. Son éducation a laissé les traces dun langage sec et sain. Cest peut-être mieux ainsi. Il ny a pas de dol sur la marchandise. Au départ, on pourrait le croire primaire ou simplificateur. Un patron à laméricaine, qui mène son monde à la baguette, poursuivant le développement et la rentabilité. Pourtant, le personnage demeure largement plus complexe. Largent nest quun prétexte, son idéal réside dans lexigence. Son cartésianisme pourrait surprendre, tant la raison est présente dans ses arguments. Il suffit néanmoins de prêter une oreille attentive à ses palabres pour comprendre que lexcès anime ses débordements. Pudique, réservé sur le fond, il lest dès que les sujets abordés le concernent personnellement. Mais sa froide maîtrise sarrête là où commence une vie de police professionnelle. A laffût de tous et de tout, le maître du sixième réseau a gagné sa légitimité au fil dun combat opérationnel et tacticien de chaque instant. En 2005, les performances de son groupe sétablissent à un niveau record : avec 16,8 % daudience moyenne pour M6*, près de 1,3 milliard deuros de chiffre daffaires et un résultat net de 156 millions deuros, le groupe est véritablement entré dans le club des grands. Désormais, il peut donc se permettre dinvestir 27 millions dans la diffusion de 31 matchs de la Coupe du monde de football. Car, entre la chaîne qui monte, les chaînes numériques (Paris Première, W9, Téva, TF6, Série Club
) et les diversifications opérées (M6 Mobile, Mistergoodeal, le club des Girondins de Bordeaux
), le groupe se positionne comme lun des pionniers européens des activités périphériques. Fort de sa réussite, le dirigeant ne pratique pourtant pas lautosatisfaction. Sa détermination ne doit pas être confondue avec un manque de modestie. Sil ne semble jamais hésiter sur ses choix, sil prend parfois des risques jusquà frôler les murs, il reste lucide et distancié des questions quotidiennes qui pourraient le monopoliser. Son intériorisation prend lallure dune arme protectrice, ses éclats colériques ressemblent à une délivrance. Comme Oscar Wilde, il a mis son génie dans sa vie et son talent dans ses uvres. Mais sa vie, il la cache secrètement. Zone antérieure Sur le divan dElisabeth Roudinesco, il ne soufflerait pas un mot. Lanalyse des maux de son enfance, très peu pour lui. Alors, il la décrit entre factualité et cynisme, en héritier protestant passé par la case jésuite. Les femmes, dabord. Quatre surs, qui ont « réussi leur famille », une mère, plutôt à droite, qui avait la vision de ce quil allait devenir. Une famille issue de la noblesse locale, dans laquelle la politique dévore le temps. Chez lui, on ne rate pas une élection. A Bordeaux, son père, ancien patron de presse surnommé « le baron rouge », humaniste de gauche, était un ami de Jacques Chaban-Delmas. En 1974, le petit Nicolas fait dailleurs sa campagne, au sein du comité de soutien des jeunes, distribuant des tracts, sencartant même, pour loccasion. Son seul moment de militantisme. « Politiquement, on est souvent le fruit de ses parents. De ce point de vue, mon héritage mixte ne ma pas conduit au centre. Mes convictions ont évolué, je nai pas toujours voté de la même façon. » Impossible den savoir davantage sur ses choix actuels. Après des études de droit et lIEP de Bordeaux, il a, un temps, rêvé du corps préfectoral. La projection est rapidement contredite. « Mon père ma transmis un certain nombre de valeurs, dont celle de savoir échouer aux concours. Nous avons tous les deux raté lEna. » Sa carrière commence auprès de Norbert Segard, ministre du Commerce extérieur, puis secrétaire dEtat aux P. et T., où il dirige le service de la communication. En 1981, il apprend lhumilité. Chargé de mission à la Direction générale des télécommunications, puis chargé des services grand public à la Délégation aux vidéocommunications, il découvre la technologie. On le sait proche de Jérôme Monod, qui la mandaté en 1986, alors quil dirigeait la Lyonnaise des Eaux, pour plancher sur le dossier de candidature à la reprise du sixième réseau de télévision hertzienne. Ensemble, ils vont proposer à Jean Drucker dincarner le projet. Le creuset dun succès. « Par sa puissance imaginative, sa formidable capacité de travail, son sens du risque et de la psychologie, Nicolas de Tavernost fait partie des gens qui fondent lexception médiatique française. Son honnêteté, sa fidélité, sa drôlerie et son rire tonitruant contribuent à la spécificité de son charme », indique lactuel conseiller du président de la République. Le fer et le feu Raison, intuition, passion. Ces trois mots peuvent caractériser le directeur général de M6 devenu président du directoire du groupe, depuis un putsch imposant aux actionnaires la structure actuelle, en 2000, cantonnant alors Jean Drucker au conseil de surveillance. Le pouvoir, il la voulu, il la conquis, il lexerce. A sa manière. Ceux qui ne sont pas daccord avec ses méthodes nont plus quà quitter le navire. Car son autorité ne se discute pas. Chaque jour, il montre quil décide et résiste. A ses collaborateurs, autant quà ses actionnaires. « Albert Frère est lun des rares qui limpressionne », entend-on dans son entourage. « Mes rapports avec les actionnaires nont pas toujours été faciles. Aujourdhui, ils sont excellents », affirme le dirigeant. Bien. Pour accomplir ses objectifs, il a usé des générations de salariés. Avec lui, tout doit être parfait, rapide, ou ne pas être. Chef déquipe, enthousiaste et énergique, il se réserve la décision, dans les moindres détails. « Je considère avoir un droit dingérence professionnelle. Etant responsable de tout, jai le droit dintervenir sur tout. » Ses excès dans la critique et sa brutalité colérique en blessent certains. Dautres acceptent de sen accommoder, retenant les moments positifs du président. Parce quil a le charme des tempéraments affirmés. Sa gaieté, son appétit de vie, son charisme naturel attachent les émules. Le tandem quil formait aux côtés de Jean Drucker a dailleurs marqué les mémoires : « Nous navions ni le même rythme ni la même notion du temps, mais nous avons beaucoup ri ensemble. Il était très drôle », indique-t-il. Refusant de diriger sans comprendre, lhomme fait preuve dune verticalité lui permettant de devenir rapidement un bon connaisseur dans chacun des secteurs. Le football est un exemple. M6 Mobile en est un autre. Les programmes sont une autre affaire. Il découpe des articles de presse, lance des idées de reportages, intervient sur lensemble des grandes lignes. « Nous avons un rapport de confiance et de respect mutuel qui repose sur lexigence. Comme nimporte quelle relation de couple, notre mode de fonctionnement est peu lisible de lextérieur. Nous sommes toujours en phase sur les grandes orientations, mais il arrive que je tente de faire preuve de persuasion sur le détail dun programme », indique Thomas Valentin, le directeur des programmes. Sil a le sens du public, les goûts personnels de Nicolas de Tavernost le portent davantage vers linformation, les magazines et la découverte. Capital ou Zone interdite sont les réalisations de ses intuitions. Capital Obsessionnel de la perfection ou torquemada de laudiovisuel, il sest imposé comme le gestionnaire dun groupe dont la rentabilité ferait rêver plus dun actionnaire. « Je suis dépensier dans ma vie personnelle et économe dans ma vie professionnelle. » Sil reste très lucide sur les controverses relatives à son style managérial, il résume aujourdhui sa mission en quelques mots laconiques : « Mon rôle est celui dun détecteur didées. Je dois savoir les décrypter et trouver les personnes qui sachent les mettre en place. » Ses détracteurs se plaisent à le faire passer pour un arriviste, dans la course du pouvoir et des cocktails VIP de ce monde. Pourtant, sa réalité semble bien éloignée de cette image. Copropriétaire dun hôtel parisien, joueur de golf aguerri, père de quatre enfants, il rêve désormais de campagne et dagriculture, projetant de reprendre une exploitation agricole dans lAin. Il sait résolument que la diversité de ses centres dintérêt lui permet de survivre aux pressions qui lentourent. En revanche, il na peut-être pas encore songé à la phrase de lun de ses proches : « Lamplitude dune vie professionnelle suppose de savoir brusquement changer de cap. » * Semaine du 13 juin, source M6. |
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| Signes |
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| . Mon panthéon Julien Benda, Jacques Chaban-Delmas. . Mes lieux . Ma chronique |
. Mon astre Lion, 22 août 1950. |
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