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Raymond Domenech Tuer nest pas jouer Tout nétait que mensonge. Mauvaise image. Le vilain petit canard sest mué en cygne respectable. Mauvais caractère. Le sélectionneur revêche a transformé sa fierté en exigence et sa brutalité en intransigeance. Mauvaise interprétation. Le passionné de théâtre cachesa timidité derrière des rôles provocateurs taillés à la mesure de ses défis. Bon casting, pourtant. La comédie dun jour dure toujours. Chaque semaine, Le nouvel Economiste décortique un tempérament à «LHôtel», rue des Beaux-Arts, Paris VIe. Portrait dun séducteur au cur tendre jouant les stratèges durs à cuire. Par Gaël Tchakaloff |
| Une crème glacée. Du pur sucre. Un cur en or. Mais il ne faut pas le chercher, Raymond. Marqué par son histoire, ciselé par les critiques, le garçon se place facilement sur la défensive. Larrière latéral na pas perdu ses réflexes. Brut de fonderie, batailleur, un brin susceptible, il vient de loin et veut aller loin. Maître du chaud-froid, il sait aussi bien sattacher les affects quorganiser les ruptures. A première vue, son métier na pas entaché sa pureté. Des convictions, il en a à revendre. Peu lui importe de bagarrer pour les réaliser. Peu lui importe aussi quil soit pris pour ce quil nest pas. Cela pourrait même larranger. Car lhomme a le culte du secret. Ceux qui le connaissent vraiment se comptent sur les doigts dune main. Et encore. Son charisme attire, sa transparence brutale dérange. En devenant entraîneur puis sélectionneur, lancien joueur a changé sa tenue vestimentaire, pas ses manières. Avec lui, tout passe ou tout casse. La demi-mesure, il na pas encore essayé. Et il nessaiera peut-être jamais. Porté par sa passion, décuplant les ambitions, il a dû apprendre à manager les deux équipes quil dirige : celle des joueurs dune part, et la PME du staff de léquipe de France, qui compte une vingtaine de personnes, de lautre. « Je pense que jaurais fait un bon avocat. Pour défendre des causes impossibles », lance-t-il, rieur. Banlieue bleue Un acrobate physique et cérébral. Tacler, il sait aussi le faire avec les mots. Mieux vaut être sûr de soi lorsquon est face à lui. Parce quil ne craint pas dégratigner son adversaire. Pourtant, il na pas lassurance quil affiche. Résolument, sa pudeur saccommode difficilement de sa récente notoriété. Sil a cherché la légitimité ou la reconnaissance, il na pas le tempérament qui va de pair. Les paillettes lattirent mais il ne sait pas vivre sous leur lumière. Traqué, lanimal séchappe en saillies verbales, erreurs psychologiques dun instant. Puis il se reprend, le verbe haut, lallure fière, catalane. Le sang dun père, ayant fui le franquisme, immigré à Châteauroux puis à Lyon, pour devenir fondeur. Lunivers des banlieues et des enfants jouant au foot dans les cours dimmeubles défraîchis. Sa passion, il la vivra jusquau bout, dans labnégation. Son ballon, il ne le quitte pas. Le matin pour aller à lécole, à lheure du déjeuner, le soir, avec son frère, ses amis, son père, parfois. Le reste est devenu publicité. A huit ans, il prend sa licence à lOlympique Lyonnais. Dix ans plus tard, il devient lun des joueurs professionnels du club. Défenseur international, surnommé « le casseur de jambes », il fera la majeure partie de sa carrière dans le pré carré de son enfance. Entre 1973 et 1984, il remporte deux coupes de France (avec Lyon et le PSG) et deux titres de champion (avec Strasbourg et Bordeaux). Cest beau. Mais il en veut encore davantage. Il sait aussi que ses problèmes de tendons raccourciront sa carrière. Physiquement, il ne peut plus durer. A trente-deux ans, Raymond accepte une nouvelle proposition. Le joueur teigneux devient un entraîneur redouté. A Mulhouse, dabord. A Lyon, ensuite. Avec lui, le club de Jean-Michel Aulas montera en première division. Orgueil et préjugés Les enfants du bon Dieu sont parfois des canards sauvages. Au nom dune passion, Raymond embrasse un destin qui loblige à contrer sa marginalité. Devenu homme de banc, il rêve encore dêtre sur le terrain. Joueur, voilà un métier quil a adoré. Quand il évoque cette époque, son timbre vibre démotion. « Je suis dun naturel gentil dans la vie, mais pas sur le terrain. Quand on est joueur, on se donne en spectacle devant les gens. Jai approfondi mon rôle de méchant, je lai peaufiné. A chaque match, jai joué ma vie. La seule chose qui comptait était de gagner. Je nétais pas un bon joueur, mais un bon combattant. Jaurais pu être boxeur. » Tout donner, sans complexe, sans concession. Vivre linstant, sans préoccupation. Fini la belle vie. Depuis quil est passé de lautre côté de la barrière, le sélectionneur doit brider son tempérament, arrondir ses côtés tranchants, manier la vision et la réflexion, accepter que dautres fassent les erreurs quil naurait peut-être pas commises Il a payé le prix dune ambition en acceptant daller à contre-courant dune personnalité naturellement brute, sauvage et intériorisée. Le jeune premier des stades sest travesti en coureur de fond des stratégies. Candidat malheureux à la tête de léquipe de France en 2002, après onze ans dentraînement de léquipe de France Espoirs (CTNF), il a savouré son apogée en 2004. Devenu le metteur en scène dun spectacle, il connaît les regrets de lacteur. Alors, il a comblé ses manques en faisant du théâtre. Le virus des planches la atteint dans les années quatre-vingt. Depuis, il ne la jamais quitté. Durant plusieurs années, il a fait partie de troupes de comédiens, à Mulhouse puis à Lyon. Désormais, sil na plus le temps de jouer lui-même, il se déplace régulièrement dans les salles des théâtres parisiens. Il ne renie rien. Bien au contraire, il attend secrètement quon lui propose un rôle Le monde ne suffit pas Enfant, il voulait devenir président de la République. En grandissant, il a revu ses exigences à la baisse. Son prochain challenge, il lannonce sans gêne , consiste à briguer la place de lun de ses proches, Aimé Jacquet, pour devenir directeur technique national et sélectionneur dans le même temps. Politique générale et bataille opérationnelle combinées. Tout un programme, alors que son contrat à la tête de léquipe de France vient dêtre prolongé jusquen 2010 Au fond, lhomme cherche une reconnaissance supplémentaire, plus vaste que celle issue de lunivers sportif. Sil est aujourdhui perçu comme un représentant du football français, son discours politique ne semble pas le rapprocher des structures nationales : « Je suis de gauche. Pour moi, les trois candidats du Parti socialiste nincarnent pas la gauche. Aujourdhui, je vote blanc car personne ne représente ce que jattends dun homme politique, cest-à-dire des convictions. Le seul à dire des choses quil essaie de faire, cest Nicolas Sarkozy. » Voilà peut-être un souci. Ses convictions ne saffichent que dans lexercice de son métier. Et parfois avec une telle dureté quil ne sy fait pas que des amis. Ses coups, il les distribue à la serpette, avançant tel un sanglier, sans tenir compte des éventuels retours de boomerang. « Je ne revendique pas de différence en tant que sélectionneur. Ma seule prétention consiste à faire ce métier avec conviction. Ceci entraîne nécessairement une forme dintransigeance. Il y a toujours un moment où il faut être méchant avec quelquun. » Méchant pourtant, il ne lest pas. Double, il le serait davantage, dans sa capacité à susciter lempathie ou lantipathie. Brutal, incisif, rigoureux dun côté, drôle, charmeur, chaleureux de lautre. Peut-être la-t-il compris. Mieux vaut éviter par moments les paroles ou les gestes : « Pour parler à un joueur, il suffit parfois de le regarder dans les yeux. » |
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| Signes |
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| Mon panthéon Fidel Castro. Mon état civil Mon amour |
Mes lieux La forêt de Rambouillet, lîle de Ré. Mon astre |
© Le nouvel Economiste - n°1363 - Du 26 octobre au 1er novembre 2006 - Photo : Marc Bertrand - Toute reproduction interdite Raymond Domenech - coupe du monde - Raymond Domenech - coupe du monde - Raymond Domenech - coupe du monde - Raymond Domenech - coupe du monde |
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