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Marie-Claire Carrère-Gee La flamme élyséenne A lElysée, une autre femme compte, plus cachée que la première dame de France. Ombre de lombre, masquée par les lumières présidentielles et les impératifs hiérarchiques, elle est pourtant loreille féminine du Président. Provocatrice glamour et non-conformiste, sur la forme. Laboureuse professionnelle et technique, sur le fond. Pour la première fois, la secrétaire générale adjointe de la présidence de la République prend la parole. Chaque semaine, Le nouvel Economiste révèle un tempérament à «LHôtel», rue des Beaux-Arts. Paris VIe. Portrait dune militante passionnée devenue léminence grise féminine du chef de lEtat. Par Gaël Tchakaloff |
| Il suffit dun nom pour comprendre. La seule femme à avoir précédemment occupé ce poste sappelle Anne Lauvergeon. Il suffit dun mot pour apprendre. Le travail, encore et toujours, reste son maître mot. Si bien que lun des proches collaborateurs du Président affirme que « sa seule faille pourrait résider dans le fait quelle travaille trop et trop en profondeur les dossiers ». Il suffit dune expression pour appréhender son champ de compétences : « shadow cabinet ». Si le secrétaire général de lElysée actuellement Frédéric Salat-Baroux , occupe la tête de la liste protocolaire, il est également le principal collaborateur du chef de lEtat. Les lectures bureaucratiques sont parfois assouplies par les faits. Car lancienne conseillère sociale de lElysée, devenue secrétaire générale adjointe il y a quelques mois, est aussi en prise directe avec le Président. Bien sûr, elle anime et coordonne léquipe des conseillers et chargés de mission, autant quelle informe Jacques Chirac et donne les impulsions nécessaires aux actions quil décide de mener. « La vie ma offert une telle chance que je nai jamais le sentiment que mes activités relèvent dun travail », dit-elle. Comme souvent avec le Président, son rôle semble néanmoins assorti dune dimension affective qui dépasse la fonction. Les questions sociales, elle ne les a jamais vraiment abandonnées. Quil sagisse du dossier sur les retraites, du CPE, de lassurance-maladie, du handicap, du cancer ou de la réforme du dialogue social, Marie-Claire Carrère-Gee a été la cheville ouvrière élyséenne dun certain nombre de gros dossiers gouvernementaux. Certains pensent quelle est « la petite protégée » du Président. Son tempérament dacier et son parcours éclair justifient peut-être ce choix. Lart de la fugue Dans sa vie, la musique est au commencement de toute chose. Pianiste et organiste, tout droit sortie du Conservatoire, elle a longtemps travaillé son jeu avec une concertiste, parallèlement à ses activités professionnelles, allant parfois jusquà consacrer six heures par jour à son perfectionnement. Une manière, certainement, dexprimer une affectivité débordante souvent frappée de frustration par lindispensable maîtrise professionnelle liée à son secteur dactivité. Actuellement, elle na plus vraiment le temps de jouer, mais reste intrinsèquement marquée par lempreinte musicale. « La musique est le chemin le plus court et le plus riche pour exprimer et ressentir toutes les émotions. » Car, oui, des émotions elle en ressent, mais elle ne les montre pas forcément. Extravertie, elle lest dans sa manière de sadresser aux autres et de tisser avec eux des relations si ce nest profondes, pour le moins de confiance. Introvertie, elle lest paradoxalement dans sa pudeur à taire les difficultés ou à considérer que la vie est un vaste terrain de jeux et dapprentissages. Distance, toujours. En la voyant, on ne pourrait pas soupçonner que ce petit brin de femme occupe un bureau à lElysée. Car elle na rien changé à son apparence ou à sa manière dêtre en y entrant. « Je naime par le mot original. Je lui préfère le non-conformisme. Je souhaite rester libre et indépendante en toutes circonstances. » Traduction directe : tenues offensivement féminines, tendance à lautodérision, humour utilisé en contrepoint. Bref, elle craint de se prendre au sérieux. Cela lui paraîtrait complaisant ou vulgaire. « Je ne souhaite pas être autocentrée ou maffirmer au travers de mes activités. Mes fonctions ne sy prêtent pas. Ce serait de très mauvais goût. » Bien. Madame porte les traces dune éducation. Sa rébellion dapparat ne masque pas les valeurs dune enfance bercée par le catholicisme. Lorsquelle avait 7 ou 8 ans, ses parents, jusqualors simplement croyants, sont devenus pratiquants, peut-être à outrance. Elle aussi, par la même occasion. Jusquau débordement. A lâge de 15 ans, lors dune journée de retraite en pleine nature, elle décide de tout arrêter. Après avoir prié pour tous ceux quelle connaissait et tous ceux quelle aimait, elle se surprend à prier pour les techniciens qui avaient posé les poteaux électriques parsemant son champ de vision. Bref, la journée de prière était trop longue pour elle. Depuis, cest labstinence. Plus de pratique, mais une croyance résolument ancrée par une transmission familiale tolérante, ouverte et généreuse. Musique de chambre Elle ne semble pas avoir subi létouffement provincial quauraient pu susciter ses années dadolescence dans les Pyrénées-Atlantiques. Son père tenait un commerce alimentaire, sa mère était enseignante Et élue au conseil municipal de sa ville. En dehors des principes bibliques, le militantisme coulait dans les veines de la famille. Un engagement RPR, dans la lignée gaulliste, comme pilier de convictions. Vite, vite, ce sera son tour. A quinze ans, elle adhère au parti. Elle rêve déjà dune vie politique plus que dune carrière. « Je nai pas de plan de carrière. Parce que faire des plans de carrière, cest une forme de résignation et parce que je nai jamais fonctionné sur des rails », lance-t-elle, déterminée. Dans sa bouche, la politique revêt un sens premier, au service unique des citoyens. Elle est vécue comme le réceptacle originel dune utilité sociétale. Un an après son bac obtenu avec mention bien, elle entre par équivalence à lInstitut détudes politiques de Bordeaux. Entre-temps, elle est partie respirer dans lIllinois. Voir lailleurs. Curieuse et fine mouche. Elle se prépare à LEna, quelle rate dailleurs, mais réussit le concours dadministrateur au Sénat. Le début dun chemin prometteur. Cest là quelle va sintéresser aux questions sociales, multipliant les rapports, tout en développant un rôle grandissant au sein du RPR. Discrètement mais sûrement, elle se taille une place de lion dans le parti, jusquà devenir secrétaire nationale en 2001, en charge des retraites. Des campagnes présidentielles, elle en a fait. Des notes distribuées à léchiquier dhommes politiques quelle croisait au Sénat, aussi. Un livre, également, préfacé par Alain Juppé : Les Temps de la liberté Lautre façon de parler des retraites. Si bien quelle est rapidement remarquée sur le terrain autant politique que technique. Ce qui fondera sa spécificité. « Son double regard politique et technique est une compétence rare qui explique la rapidité avec laquelle elle sest imposée. Sa capacité à nouer des relations de confiance avec lensemble des partenaires sociaux et son goût pour le travail en profondeur sur les dossiers qui lui sont confiés constituent une spécificité supplémentaire », assure Frédéric Salat-Baroux. Cest lui qui la recrutera comme conseillère technique à lElysée en 2002. Aux marches du Palais Le chemin de lElysée ne faisait pas exactement partie de ses plans. Le Président dailleurs, elle ne lavait jusque-là jamais personnellement rencontré. Coup de foudre. « Il est naturellement ma référence politique depuis que je sais lire et écrire. » Clair, net, précis. Madame a la réputation davoir le cur à gauche en dépit dun ancrage partisan à droite. Comme lui. Elle sest spécialisée dans les questions sociales au moment où il fonde son discours sur la fracture sociale. Lharmonie simpose donc pour la musicienne. « Elle est dune fiabilité à toute épreuve. Son intelligence est dotée dune hypertrophie dans le discernement de ce qui est important et de ce qui ne lest pas. Sa gaieté parvient toujours à transformer la gravité des sujets en projet positif. Son originalité réside dans son incroyable compétence de lintimité des complexités sociales. » En voilà un qui ne cache pas son enthousiasme. Et pour cause. Son nom est Jean-Louis Borloo. En dehors du fait que ces deux-là restent sensibles aux mêmes sujets, ils semblent avoir un tempérament commun dans le fin mélange de distance et de joie naturelle qui les caractérisent. A lElysée, Marie-Claire Carrère-Gee sest résolument imposée en alliant la technicité au réflexe politique. Elle pense toujours à lacceptabilité des situations, à la réaction de lopinion ou des partenaires. Ce qui explique peut-être quelle rêve depuis bien longtemps au métier délu. Jusquà maintenant, ses tentatives de parachutage ont été contredites. Pourtant, elle ne sest jamais coupée des véritables attentes du terrain : « Compte tenu de la défiance des Français à légard de laction politique, lenjeu actuel des représentants consiste à savoir répondre de manière pragmatique aux besoins des citoyens sans perdre de vue la vision prospective et ambitieuse nécessaire pour hisser le pays vers le haut. » Alors ! A quand le grand saut ? La réponse fuse, immédiate mais laconique : « Je sais quavec un piano, il ne peut rien marriver de grave dans la vie. » |
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| Signes |
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| Son panthéon Jean-Sébastien Bach, Jacques Chirac, Robert Schumann. . Sa situation familiale |
. Son épitaphe « A demain. » . Son signe zodiacal |
| Le nouvel Economiste - n°1375 - Du 15 au 21 février 2007 - Photo : Marc Bertrand - Toute reproduction interdite | |