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Pierre-Olivier Sur Chercheur dâmes Au début, tout semble trop parfait. Belle image davocat bourgeois bohême, portant haut et fort la fronde dun droit pénal intellectualisé. Surfeur des grands dossiers politico-financiers, comédien, écrivain et marin en goguette. Puis, sa douce folie apparaît. Clef dentrée à la compréhension de celle des autres. Ceux quil défend, transforme et transfigure, au gré de leurs intérêts, allant jusquà répudier parfois la justice ou la vérité Habité ou illuminé ? Chaque semaine, Le nouvel Economiste révèle un tempérament à «LHôtel», rue des Beaux-Arts. Paris VIe. Portrait dun funambule du bien et du mal en quête dun absolu qui lui échappe. Par Gaël Tchakaloff |
| Avec lui, une seule loi a le droit de cité. Celle du plus faible. Il ne le dit pas. Il le vit, le ressent et limpose. Les hommes, il leur pardonne toujours, parce que son métier consiste à les comprendre. Il les décortique pour mieux les représenter. Avec les institutions, en revanche, les croyances et les marques de confiance sont abandonnées. Lucide, amoureux de la dialectique et du combat judiciaire, il maîtrise son rôle, à la virgule près. Parfois un peu trop, dailleurs. Il est charismatique et semble le savoir. Car la passion quil a pour son métier pourrait parfois accroître la véritable importance de lhabit quil endosse. Sil reste modeste sur le spectre de ses activités individuelles, il aurait tendance à considérer lavocat comme un sauveur de lhumanité et le Palais comme le lieu fondateur dune société. Parce quil reste convaincu que la justice demeure lultime endroit de la confrontation de lhomme avec lui-même, à travers la loi et les avocats, il sautorise le flirt avec les frontières de la moralité, du bien-pensant ou du « politiquement correct ». Séduisant, au risque de paraître suffisant, il masque sa propre recherche derrière celle des autres. Et sa part obscure derrière celle de ses clients. Un trait commun aux avocats pénalistes, résolument hypertrophié chez le jeune premier devenu lun des emblèmes dune nouvelle génération de robe. Du dossier du sang contaminé à laffaire Schuller-Maréchal, de laffaire Elf à celle des HLM de la Ville de Paris, du Crédit Lyonnais à laffaire Rhodia, il a plaidé les gros dossiers. Actuellement défenseur de larmateur et propriétaire du navire Erika, Giuseppe Savarese, il est parvenu à faire lever le mandat darrêt qui le concernait. Le reste de la procédure en cours est tenu secret. Il sen amuse, jouant toujours de la corde tragi-comique dune justice devenue loutil de ses festins cérébraux. Lillumination Fausse idée. Illuminé, il ne lest résolument pas. Il essaie seulement, consciemment ou pas, de faire croire quil pourrait lêtre. Engagé, impliqué, affectivement lié ou dépassé par son activité, peut-être davantage. Cest que le destin a frappé sans quil sen aperçoive. Un matin, il sest réveillé avocat, sans lavoir vraiment décidé, tant la chose paraissait naturelle. Un métier familial de père en fils, présent des deux côtés de lascendance. Pour lui, cétait trop tôt. Il a prêté serment à 21 ans, sans savoir si un autre métier le tentait. Alors, il a fait un essai ailleurs. Sciences-Po, section service public, en 1986, aux côtés dArnaud Montebourg, Frédéric Beigbeder, Ariane Chemin et Fatine Layt. Lui, il nen est sorti quune année plus tard, après avoir raté une épreuve danglais et découvert quil navait rien à faire dans cette voie-là. Retour à la case départ. Il entre au cabinet dOlivier Schnerb et, pendant que ses jeunes amis pondent des notes, il apprend à réfléchir. Le jeu de lépoque consiste à trouver la meilleure réponse à donner à un client. Il a choisi la sienne : « Mon Dieu ! Que me dites-vous là ? » La dialectique, déjà. Le marketing, un peu. La meilleure question pour obtenir ce que lon veut. Ensuite, tout va très vite. Secrétaire de la conférence du stage en 1989, il est élu au Conseil de lordre à la majorité absolue chose rare , huit ans plus tard. Voilà. Lenfant chéri de sa famille est devenu, en quelques années, lenfant chéri du Palais. Cest après que les difficultés vont commencer. Affectives, dabord. Il perd sa mère à lâge de 22 ans. Professionnelles, ensuite. Il décide dentrer au cabinet de son père, principal avocat de la profession darchitecte au moment de la reconstruction, après la Seconde Guerre mondiale. Pourtant, sil porte latavisme dun métier, la spécialité de son père nest pas la sienne. Il ne trouve pas sa place et décide de sassocier avec quelques amis dans le cabinet qui est encore le sien aujourdhui, Fischer, Tandeau de Marsac, Sur et associés. Bien. Voilà un fil rouge traditionnel, lisse, dans les rails. Il en existe un autre qui lest peut-être un peu moins. La transgression Notre icône bobo pourrait avoir des accents dArno Klarsfeld dans ses meilleurs jours. Lélégance en plus, lassurance en moins. Chez Pierre-Olivier Sur, le mélange dun esprit littéraire et artistique en fait une parfaite victime de la mode judiciaire. Tout pour plaire. Il a suivi des études de lettres en même temps que sa formation juridique. Remarqué par Raymond Depardon, il a participé à son film documentaire, Flagrant délit, couronné par un César. Passionné de voile, il a passé, jusquà très récemment, tous ses étés sur la Méditerranée, entre Toulon et Rhodes. Un jour de jeunesse, il sest arrêté avec ses amis de bordée dans le port de Naples. Amarrés au quai le plus chic, ils ont pourtant été refusés à lentrée du restaurant « clubbish » du moment. Lhistoire lui a fait un joli pied de nez, lorsque vingt ans plus tard, larmateur de lErika la invité dans le même lieu. Il aurait dû en être amusé. Au lieu de cela, il se contente de se demander sil nétait pas plus heureux pauvre, méconnu et refoulé que brillant avocat à la table des élus. Cest peut-être son charme, cette capacité à toujours douter de se trouver au bon endroit, au bon moment. Lun de ses travers aussi, car lhomme peut avoir du vague à lâme. Il le soigne résolument dans son métier. « Ce qui mintéresse est leffet de ciseaux entre la part dombre et la part de lumière des êtres. La part dombre peut pousser quelquun à commettre une infraction. Le travail de lavocat consiste à révéler sa part de lumière, son cristal, afin de remodeler le personnage et de le présenter au mieux de ses intérêts. » Pour cela, il nhésite pas à utiliser tous les faire-valoir, au risque de travestir la réalité. Un soupçon de scandale qui a contribué à sa réussite ascensionnelle. Car il martèle avec délectation des phrases dune audace provocatrice, souvent frappées du sceau de la vérité, qui contribuent pour le moins à sa publicité. Petit exemple : « La vérité judiciaire na rien à voir avec la vérité pure. Cest une approche de la vérité qui peut passer par le mensonge. » En clair, ses clients ont le droit de mentir. Le pardon Oui, il doit être pardonné. Car laspect superfétatoire de ses grandes formules ne doit pas masquer son implication professionnelle. Il est brillant, exerce son activité avec brio, joue à lavocat, tout simplement. Mais sil est concerné par sa cause, cest peut-être aussi parce quelle se confond avec celle de ses clients. Il a certainement un petit grain de folie, qui lui interdit de savoir sarrêter. « Le club des avocats pénalistes qui ne font que du droit pénal est un club très fermé. Il y en a dix par génération à Paris. » Bien que sa première distinction soit liée à son âge, sa différence réside peut-être dans sa capacité à appréhender le monde judiciaire dans son ensemble, en étant porté par des convictions modernes dans la formulation, et traditionnelles sur le fond : « Linfraction est une rupture du contrat social signifiant que lordre public nest individuellement pas respecté. Si elle nest pas sanctionnée, lensemble de la société peut se détourner de lordre public. La justice sert donc à ressouder le contrat social. » Efficace. Les grands penseurs du siècle des Lumières lont inspiré, mais ses envolées lyriques restent prudentes, dès lors quil sagit de sa vie personnelle. Sil ne révèle rien qui ne soit directement corrélé à son activité, ses failles rejaillissent entre les lignes. « Lavocat est en situation de déséquilibre : celui de ses clients, accumulé, puis transformé pour devenir une défense ; et celui de la transgression de la vérité, transcendé par luvre dart que doivent être la plaidoirie et les écritures au fond. Or, cette plaidoirie ne sera prononcée quune seule fois, ce qui constitue une frustration. » Percé à jour, il joue larrogant alors quil craint plus que tout sa mise en échec. Avocat, il le reste intrinsèquement, ses défauts résultant des revers dune profession. Il ne sen cache pas. « Je poursuis un double Graal : réussir ma famille, écrire et tenter de devenir un Robert Badinter. » Pour le coup, il ny en a pas dix par génération. |
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| Signes |
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| . Son rêve Pen Duick VI. . Sa situation familiale . Son modèle politique |
. Son panthéon littéraire Casanova, Cyrano de Bergerac, Protagoras. . Son signe zodiacal |
| Le nouvel Economiste - n°1378 - Du 8 au 14 mars 2007- Photo : Marc Bertrand - Toute reproduction interdite | |