Ruptures

Le microblogging
Twitter, la starlette du Web

Le site est devenu un lieu d’échange. On y pose des questions et on y trouve des réponses.

Mais jusqu’où ira Twitter ? “Aux Etats-Unis, c’est une véritable épidémie. L’usage de Twitter explose. Il est en train de remplacer les SMS”, rapporte Sunny Paris, CEO de Yoolink, jeune start-up spécialisée dans les moteurs de recherche collaboratifs. Souhaitons-lui le même succès que le site de microblogging, lequel fêtera son troisième anniversaire en juillet prochain. A cette date, Twitter pourrait atteindre les 50 millions d’utilisateurs s’il continue à enregistrer la croissance phénoménale d’aujourd’hui. En février dernier, la nouvelle starlette du Net comptait 6 millions d’utilisateurs. Un mois plus tard, ils étaient plus de 19 millions dans le monde à microbloguer. “Microbloguer”, concrètement sur Twitter, cela consiste à poster des petits messages sur le sujet de son choix à destination de la communauté d’inscrits. Seule contrainte : chaque post ne peut excéder 140 caractères. Exemple : dire ce que l’on est en train de faire : je vais manger, je travaille ou encore je regarde la télévision. Voilà pour le premier étage de la fusée. “Le point de départ, confirme Sunny Paris. Cela a un petit côté une bouteille à la mer.” Mais il ne faut pas s’arrêter là. “Même s’il paraît que pas mal d’internautes s’en lassent rapidement, la vraie valeur de Twitter est d’avoir su mobiliser beaucoup de monde en même temps autour d’un service aussi basique”, constate Frédéric Montagon, le président de la plate-forme de blogs Overblog. L’outil de microblogging ne manque pas d’atouts. Le principal ? Il permet de suivre des gens. Sur Twitter, il s’agit de “followers”. Certaines stars américaines arrivent à mobiliser plus d’un million de suiveurs, comme le président Barack Obama ou la chanteuse Britney Spears. En France, la secrétaire d’Etat Nathalie Kosciusko-Morizet sort du lot : non pas grâce à ces quelque 2 000 followers mais plutôt pour la communication politique qu’elle en fait.

L’atout de la simplicité

“Twitter consacre le concept du “life streaming”, ajoute Frédéric Montagon d’Overblog. Les internautes racontent ce qu’ils sont en train de faire, ce qu’ils sont en train de vivre.” Le grand public s’est emparé du service. “Twitter, c’est un peu comme un talkie-walkie géant”, estime Cédric Dujour, le président de l’agence SecondWeb. “Sa force, c’est la simplicité, estime Robin Coulet, spécialiste des réseaux sociaux de l’agence Plan-Net. Finalement, 140 caractères, cela oblige les utilisateurs à aller à l’essentiel.” Un coup d’oeil sur cet immense forum de discussion d’un nouveau genre permet de constater que les internautes reproduisent un usage social. Des communautés se forment. Il y en a pour tous les goûts : des mordus de l’iPhone, aux paranoïaques de la grippe aviaire en passant par ceux que les prochaines élections européennes intéressent. Twitter est devenu un lieu d’échange, on y pose des questions et on y trouve des réponses. “Ce site ne remplacera pas les usages existants sur Internet mais il rend plus faciles tout un tas de petites choses, estime Sunny Paris. Les gens se passent des liens, se recommandent des sites, bref trouvent des solutions à des problèmes.” Signe des temps, les applications Twitter — il en existe plusieurs comme TwitterFon ou Twitterific — sont parmi les plus populaires sur l’iPhone.

Un nouveau champ des possibles pour les entreprises

Avec un tel engouement, le microblogging ne pouvait rester longtemps ignoré des professionnels. Twitter permet certes de converser entre internautes, c’est aussi un nouveau champ des possibles pour les entreprises et les marques. A plusieurs titres. Pour ces dernières, le site est un excellent moyen de récupérer des informations sur ce qui se dit sur elles. “Les entreprises y font de la veille,confirme Robin Coulet. Tout d’abord, elles écoutent les conversations qui s’y déroulent. Ensuite, elles engagent des conversations avec les internautes.” Ce n’est pas tout. “Les réseaux sociaux sont appelés à devenir les poumons des conversations et de la relation client sur Internet”, ajoute Cédric Dujour de SecondWeb. Les consommateurs s’expriment sur les marques et ces dernières peuvent entrer en contact avec eux. Comme les deux compagnies aériennes américaines South West Air Lines et Jet Blue, qui se servent de Twitter pour informer leurs clients d’éventuels retards. Mais Twitter n’est pas qu’un nouveau canal de conversation avec les clients. Le fabricant de micro-ordinateurs Dell en a même fait un canal inattendu de commercialisation grâce à ses ventes flash proposant du matériel à prix discount pendant un temps limité. “Sur Twitter, vous trouverez également des opérations de marketing direct comme du couponing. Cela peut aller très loin, Michael Page y a même publié des annonces d’emploi”, énumère Robin Coulet.

Le microblogging s’invite au coeur de la communication sur Internet. Son instantanéité présente une valeur ajoutée appréciable pour ses utilisateurs particuliers comme professionnels. Malgré une cruelle absence de modèle économique — il n’y a pas de publicité sur Twitter —, la nouvelle pratique de microblogging pourrait occuper une place de plus en plus importante sur Internet. “Sur Google, les gens cherchent de l’information par mots clés poussée par des machines, sur Twitter, les gens cherchent des informations par groupes poussées par des humains”, constate Frédéric Montagnon d’Overblog. Twitter, pionnier de la recherche collaborative ? Même si aujourd’hui nombre d’observateurs parlent de bulle pour évoquer la seconde plate-forme sociale de référence après Facebook. “Dans tous les cycles d’adoption des TIC, il y a des bosses, prévient Cédric Dujour. La première est celle de la hype et puis ça redescend. C’est ce qui s’est passé avec Second Life ou même Facebook. Avec Twitter, nous verrons bien la suite.”

Edouard Laugier


Le nouvel Economiste du 14 mai 2009 - N°1476 – © Nouvel Economiste 2009